2ème partie - Les sources chrétiennes du Christianisme


Paroles d’Evangiles
HISTOIRE DES ORIGINES DU CHRISTIANISME
De la religion originelle au concile de Chalcédoine
« Fiat lux et lux fit » (Genèse 1,3) 

2ème partie - Les sources chrétiennes du Christianisme .

LE NOUVEAU TESTAMENT
Introduction au "Nouveau Testament"
Chapitre 1 - L'âge apostolique: premiers disciples, premières rédactions
Chapitre 2 - L'âge sub-apostolique
Chapitre 3 - Vers une Eglise autonome
Chapitre 4 - Canonisations & Manuscrits

"LES ECRITS APOCRYPHES"
Introduction - Evangiles apocryphes
Chapitre 1 - Fragments d'évangiles
Chapitre 2 - Evangiles de la nativité et de l'enfance
Chapitre 3 - Evangils de la Passion
Chapitre 4 - Evangiles gnostiques
Chapitre 5 - Un évangile gnostique "signé Judas"

LES SOURCES PATRISTIQUES
Chapitre Unique - Les sources patristiques

LES SOURCES NON CHRETIENNES
Chapitre Unique - Les sources juives, romaines et musulmanes


LES SOURCES CHRETIENNES : LE « NOUVEAU TESTAMENT »

Introduction au « Nouveau Testament »


Le Nouveau Testament ne se comprend pas si on le dissocie de ce qui préside à la naissance du christianisme : le témoignage d’un groupe de juifs de Galilée, selon lequel Jésus, qui prêcha parmi eux la venue du Royaume de Dieu, était le Messie promis par Dieu, était ressuscité et vainqueur de la mort, et annonçait la conclusion d’une nouvelle alliance entre les hommes et Dieu.

De la période concomitante à l’Exil (587-538 av. J.-C.), le milieu des juifs de Judée avait retenu les croyances messianiques : certains attendaient la venue d’un descendant du roi David, un Messie, qui restaurait l’indépendance politique et religieuse perdue du pays.

Héritier de la période postexilique, ce judaïsme présentait une multiplicité de visages : sadducéens, pharisiens, esséniens… auquel il convient d’ajouter une diaspora hellénistique.

Immédiatement après la mort de Jésus, ses disciples proclamèrent qu’il était ressuscité et proclamèrent la Bonne nouvelle – c’est le sens du mot « évangile », en grec euangelion.

Le Nouveau Testament est composé de cinq grands ensembles :

  • Les quatre évangiles, qui font le récit de la naissance, de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus ; désignés par le nom de leur auteur présumé Matthieu, Marc, Luc et Jean (les trois premiers étant qualifiés de « synoptiques » car ils suivent la même trame).

  • Les Actes des Apôtres, du même auteur que l’évangile de Luc, font le récit de la première prédication apostolique et des débuts de l’Eglise en le centrant sur Pierre et Paul.

  • Les épîtres (ou lettres) de Paul, écrites par l’apôtre ou par ses successeurs sous son nom. On distingue traditionnellement les premières épîtres (I Thessaloniciens, II Thessaloniciens), les grandes épîtres (Galates, I Corinthiens, II Corinthiens, Romains), les épîtres « de la captivité » dont l’auteur se déclare détenu en prison (Philippiens, Colossiens, Ephésiens et Philémon), les épîtres « pastorales » dont l’auteur adresse des recommandations à des chefs de communauté (I Timothée, II Timothée, Tite) et l’Epître aux Hébreux qui recueille une homélie certainement pas de Paul.

  • Les épîtres catholiques, ainsi nommées parce qu’elles s’adressent non pas, comme les lettres de Paul, à des Eglises ou à des individus mais à l’Eglise « universelle » (qui est le sens grec de katholikos), ont des apôtres comme auteurs déclarés : une épître de Jacques, deux de Pierre, trois de Jean et une de Jude.

  • L’Apocalypse, seul traité de style apocalyptique dans le Nouveau Testament.

Il faut noter que les noms que l’on vient de donner sont toujours postérieurs à la rédaction des livres. Les noms des évangiles proviennent de la tradition d’Irénée de Lyon ; les épîtres de Paul sont désignées par leurs destinataires ; les épîtres catholiques sont nommées à partir de leurs auteurs. L’Apocalypse porte le nom que lui a donné son auteur dans son premier verset.

Le plan suivra l’ordre chronologique de rédaction des textes :

  • L’âge apostolique (vers 30-70), les apôtres procèdent à la première prédication.

  • L’âge sub-apostolique (70-90), la seconde génération de chrétiens fait face non seulement à la mort des apôtres, mais aussi aux conséquences de la catastrophique révolte judéenne ; ils écrivent pour conserver l’enseignement apostolique, installer les Eglises dans la durée et définir leurs rapports avec les juifs non chrétiens.

  • La troisième génération des disciples de Jésus (90-120), les nouveaux écrits sont produits pour affronter la persécution et définir sa théologie.

  • Après la rédaction finale du Nouveau Testament (au tournant du IIe siècle), au temps des rédacteurs se superpose celui des éditeurs qui décident quels livres entreront dans le Nouveau Testament et sous quelles versions, et celui des traducteurs, qui le transmettent dans de multiples langues.

[In « Le Nouveau Testament », R.BURNET, Que sais-je ?, p. 3 à 9]]


Chapitre 1

L’âge apostolique : premiers disciples, premières rédactions


Les disciples se réunissent en communauté indépendante avec 3 croyances :

 

1/ Jésus est ressuscité des morts ;

2/ Jésus a envoyé en mission ses disciples ;

3/ Jésus doit revenir dans un avenir proche.

  1. La première communauté et les premières traditions

  1. L’évolution de la première communauté

Dès son éclosion, l’Eglise primitive s’établit à Jérusalem, du moins selon Luc. Deux tendances semblent avoir dominé l’Eglise autour des deux figures : Pierre, le chef du groupe des disciples, et Jacques qui bénéficiait d’une sorte de légitimité dynastique puisqu’il appartenait à la famille de Jésus.

Bientôt une nouvelle tendance se fit jour, que les Actes des Apôtres présentent comme une nécessité organisationnelle face à l’expansion  du groupe des Hellénistes, dirigés par Etienne.

Un troisième groupe discret semble s’être constitué à cette époque autour du « disciple bien-aimé »

L’équilibre de cette première communauté de Jérusalem se rompt au cours de la persécution déclenchée en 44 par Hérode Agrippa : Pierre laisse la place à Jacques pour entreprendre une mission plus large, Jacques frère de Jean meurt décapité, Jacques « frère » de Jésus et son groupe proche du Temple commandent désormais.

  1. Les premières traditions

De cette époque datent sans doute les premières versions des récits de la Passion repris dans les évangiles.

Le concept de « kérygme » (mot technique grec pour « proclamation de foi ») provient de la constatation que certaines expressions revenaient quasiment à l’identique dans une série d’écrits indépendants et parfois tardifs. 

La tradition synoptique et la source « Q ». Dans les évangiles synoptiques, on s’aperçoit que beaucoup d’épisodes se retrouvent, comme si leurs auteurs s’étaient copiés les uns sur les autres et dépendaient d’un document primitif qui daterait de l’âge apostolique.

  1. Paul et les lettres pauliennes

Plus que des traités théologiques, ce sont surtout des lettres de circonstance où l’on voit l’apôtre répondre aux questions de ses Eglises.

  1. Paul, dans la ligne de la théologie d’Antioche

La vie de Paul est longuement narrée dans l’Epître aux Galates et dans les Actes des Apôtres.

  1. Les épîtres aux Thessaloniciens (vers 51) ou les déconvenues de la prédication

I Thessaloniciens. 

II Thessaloniciens.

  1. Les années d’Ephèse et la lutte contre les juifs chrétiens

Galates (vers 54-56). 

Philippiens (vers 54-56). 

Philémon (vers 54-56).

  1. Les crises corinthiennes (vers 54-57)

I Corinthiens. 

II Corinthiens. 

  1. Paul théologien : l’Epître aux Romains (vers 57)

Romains (1,16-8,39) : l’Evangile de Paul. 

Romains (9,1-11,36) : le nouvel Israël.

Romains (12,1-15,13) : instructions pour une communauté nouvelle. 

Romains (15,14-16,27) : conclusions.

  1. Epilogue (vers 58-62 ? 64 ? 68 ?)

[In « Le Nouveau Testament », R.BURNET, Que sais-je ?, p. 11 à 37

.

Chapitre 2

L’âge sub-apostolique


Dans les années 60-70, deux éléments concomitants viennent bouleverser l’équilibre de l’Eglise : la mort de la majorité des apôtres et la répression par les Romains des révoltes juives, aboutissant en 70 à la prise du Temple par Titus, qui englobe de nombreux juifs chrétiens.

Les sadducéens disparaissent, les juifs chrétiens s’enfuient à Pella, les pharisiens se réorganisent et tentent d’imposer leur judaïsme aux synagogues de la Diaspora. Au bout de quelques années, les chrétiens qui fréquentent les synagogues doivent alors faire un choix : doivent-ils se soumettre aux nouvelles coutumes pharisiennes ou consommer la rupture avec la Synagogue ?

Ultime conséquence de cette époque troublée, la mort des apôtres : Jacques meurt lapidé en 62, Paul en prison entre 62 et 68, Pierre martyr vers 68. Longtemps, l’Eglise crut au retour prochain du Christ et hésita à s’installer dans la durée. Avec la mort des apôtres, cette espérance fit long feu et une nouvelle conception du temps chrétien émergea : l’attente se révélait longue et la mémoire de la première génération se devait d’être conservée.

  1. L’évangile de Marc

Si l’on en croit la tradition selon Papias d’Hiérapolis (vers le IIe siècle), Marc aurait été le secrétaire de Pierre et peut-être le Jean-Marc qui accompagnait Paul et Barnabé dans leur voyage missionnaire ; il avait mis par écrit ses souvenirs de l’enseignement de son maître pour l’édification des nouveaux chrétiens. Pierre aurait approuvé le projet. La première version aurait été écrite entre 64 et 69 et une seconde vers 75. La première version utilisait peut-être un ensemble de textes « prémarciens ». En outre, il s’agit d’un écrit à destination d’une communauté étrangère au judaïsme palestinien comme pouvait l’être celle de Rome : il explique les usages juifs et traduit les expressions araméenne. Texte populaire, écrit dans un grec rugueux et parfois approximatif, fortement marqué par l’oralité, il rend bien la couleur locale et manifeste un goût certain pour la narration.

  1. L’évangile, un nouveau type de textes

  2. L’évangile du Fils de Dieu

L’Evangile de Marc est le premier à faire le lien entre royaume de Dieu et divinité de Jésus.

Le plan de l’évangile : la révélation de la divinité de Jésus.

  • Prologue au Jourdain (1,1-13). Dès l’ouverture, Marc met son lecteur dans la confidence : il précise immédiatement que Jésus est le Fils de Dieu et Jean le Baptiste l’atteste.

  • Résistances à la nature messianique (1,14 à 8,27). Dès ses débuts en Galilée (1,14-45) Jésus annonce la venue du royaume de Dieu, mais les obstacles s’accumulent.

  • Première confession de foi : la confession de Pierre (8,27-30).

  • Résistances à la souffrance messianique (8,31 à 10,52). Si les disciples semblent reconnaître en Jésus le Messie annoncé, ils peinent à comprendre que ce messie soit un messie souffrant.

  • Jésus accomplit son destin de Messie souffrant et ressuscité (14,43 à 16,8), qui se conclut par une seconde confession de foi – celle du centurion (15,39) – et par le récit de la découverte du tombeau ouvert.

Un évangile qui traduit les paradoxes de la personne de Jésus. 

Une question exégétique : la finale de Marc (16,9-20). 

  1. Le réveil des églises pauliennes

Privées du Temple et de l’hégémonie de Jérusalem, les communautés chrétiennes doivent se redéfinir : la voie paulienne d’ouverture aux païens devient alors une alternative prometteuse. Profitant de ce regain, les héritiers de l’apôtre produisent une série d’écrits qui illustrent et poursuivent sa pensée.

  1. Poursuivre la théologie de Paul : Colossiens et Ephésiens

Le problème de la pseudépigraphie dans le Nouveau Testament. 

Colossiens. 

Ephésiens. 

  1. Justifier la mission de Paul aux non-juifs : l’œuvre de Luc

La visée de l’œuvre de Luc. Le but de l’ensemble formé par l’évangile et les Actes est de défendre la position helléniste : les chrétiens, qu’ils soient d’origine juive ou d’origine païenne, se trouvent dans la continuité du judaïsme et prennent le relais de la promesse. 

Cette visée se trouve dans le plan de l’œuvre :

  • Luc 1 à 2 : les récits de l’Enfance illustrent la double origine de Jésus.

  • Luc 3,1 à 9,51 : en Galilée, illustration de l’origine divine.

  • Luc 9,51 à 19,28 : le voyage de Galilée à Jérusalem révèle le mystère de Dieu.

  • Luc 20 à 24 : à Jérusalem, réalisation du mystère.

  • Actes 1,1 à 15,35 : de Jérusalem à Antioche, les Actes de Pierre. Pierre comme héros. La Pentecôte marque la fin de la division juif/païen et lance la mission.

  • Actes 15,36 à 28,31 : d’Antioche à Rome, les Actes de Paul. Paul comme héros.

Les principaux traits de Luc-Actes. L’œuvre de Luc, influencée par la théologie de Paul et celle d’Antioche.

  1. Réorganiser les communautés : les épîtres pastorales

Les auteurs des Pastorales. 

Les thèmes principaux des Pastorales. Les trois épîtres pastorales partagent un même souci, celui de réglementer la vie sociale des chrétiens

  1. La riposte des chrétiens d’origine juive

  1. Critiquer les excès d’un paulinisme outrancier : l’Epître de Jacques

La critique d’un paulinisme mal compris.

La promotion d’un christianisme empreint de judaïsme.

  1. Plaider pour la continuité du judaïsme au christianisme : l’Evangile de Matthieu

L’Evangile de Matthieu représente les préoccupations des chrétiens d’origine juive qui commençaient à se faire malmener dans les synagogues : prouver qu’il n’y a pas de radicale différence entre le christianisme et le judaïsme.

Une démonstration en trois points.

  • Jésus est le Messie : par sa généalogie qui le rattache à David 

  • La Loi juive se prolonge par un « agir chrétien » qui se caractérise par la formule « suivre Jésus » 

  • L’Eglise, qui prend la suite du peuple élu, prépare le Royaume de Dieu et accomplit l’alliance.

Un plan qui soutient cette démonstration.

  • Prologue (1 à 2).

  • Cinq séquences narratives qui énoncent et illustrent le message de Jésus (3 à 25).

  • La Passion, la Résurrection, et l’apparition du Ressuscité qui envoie en mission (26 à28).

Cinq grands discours qui contiennent l’essentiel du message de Jésus. 

  • Le sermon sur la montagne (5 à 7) montre comment l’attitude de respect filial envers Dieu doit structurer également les rapports entre les hommes.

  • Le discours d’envoi en mission (9,35 à 11,1).

  • Le discours en paraboles (13) : Jésus trace, par une série de paraboles, les contours du Royaume de Dieu.

  • Le discours communautaire (18) où Jésus donne les règles à appliquer au sein de l’Eglise.

  • Le discours sur le Fils de l’Homme (24 à 25). Il faut entendre ici « Fils de l’homme » dans son acception messianique connue dès le livre de Daniel.

[In « Le Nouveau Testament », R.BURNET, Que sais-je ?, p. 39 à 59]


Chapitre 3

Vers une Eglise autonome


Jusqu’aux années 80-90, les écrits chrétiens témoignaient d’une Eglise qui se concevait encore comme partie intégrante du judaïsme. Soixante ans après la mort de Jésus, après le traumatisme des guerres juives, l’expulsion des synagogues de tous ceux qui ne se ralliaient pas à l’interprétation rabbinique de Yahvé, la lente maturation théologique des communautés chrétiennes, le christianisme se pense de plus en plus de manière autonome, sans rompre tout à fait avec ses racines juives. Il se dote d’institutions propres, d’une liturgie et d’une théologie particulières. De nouvelles contestations, internes à l’Eglise et portant sur des conflits d’autorité et d’interprétation théologique, étaient nées dans les communautés pauliennes ; elles s’accentuent dans cette période. Enfin, preuve ultime de cette progressive autonomisation, les chrétiens commencent à être persécutés pour ce qu’ils sont, et non indistinctement avec les autres juifs, par l’empereur Domitien (81-96).


  1. Une plénitude théologique et liturgique : le corpus johannique

Le corpus johannique, composé autour de la figure de Jean et contenant un évangile, trois épîtres attribuées à l’apôtre et une apocalypse, occupe une place particulière au sein du Nouveau Testament. 

  1. Les trois épîtres de Jean et les convulsions de la communauté johannique

Les trois épîtres « de Jean » ont pour auteur déclaré un personnage qui se nomme lui-même l’ « Ancien ». Elles ont été rédigées entre 90 et 110, III Jean étant la plus récente. Elles combattent toutes des adversaires que l’ « Ancien » nomme « antichrists », qui semble avoir cru à une forme de docétisme prônant que Dieu n’a fait que revêtir une apparence humaine.

I Jean : plaidoyer pour l’humanité de Jésus et la charité. 

II Jean : exhortation à une communauté de rester dans la communion.

III Jean : instructions à un chrétien.

  1. Le quatrième évangile : un évangile original

Utilisant un style différent des autres évangiles, très poétique, il présente en revanche un plan très simple : après un prologue théologique (1,1-18), il fait le récit de l’activité publique de Jésus (1,19 à 12,50 ), regroupe une série de discours d’adieu autour de la Cène (13 à 17), fait le récit de la passion et de la résurrection (18 à 20) et se conclut par un épilogue en Galilée (21). Ses principales innovations concernent le portrait de Jésus, sa théologie, et, preuve d’une Eglise déjà autonome, sa relation avec les divers groupes de l’époque.

Un évangile détaché des synoptiques. 

Un portrait original de Jésus. 

Innovations théologiques johanniques. Outre sa christologie, Jean procède à quelques innovations.

  • La doctrine du salut. Malgré son fort substrat juif, il apparaît clairement que la communauté johannique a dépouillé la Loi de tout crédit. Le salut éternel vient désormais de Jésus (14,6).

  • Le Paraclet. Comme Luc, Jean a une théologie de l’Esprit. Cependant, il va beaucoup plus loin : cet Esprit de Dieu est compris comme le successeur de Jésus après son départ (14-16) et comme le « paraclet », c’est-à-dire le défenseur de la communauté.

Le rapport avec les autres groupes. Le quatrième évangile décrit clairement quelles étaient les relations de celles-ci avec les autres groupes.

  • Des rivaux : les juifs de la Synagogue et du Temple.

  • Des concurrents : les disciples de Jean Baptiste et les autres chrétiens symbolisés par Pierre. 

  • Deux terres de mission : la Samarie et le monde païen (4 et 12,20-22).


  1. Rassurer une communauté en butte à la persécution : l’Apocalypse.

Quoique explicitement attribuée à Jean, l’Apocalypse tient une place à part dans le corpus johannique. Peut-être s’agit-il d’un texte indépendant rattaché à la communauté johannique. Ecrite très probablement pour des Eglises d’Asie Mineure, situées sur la côte méditerranéenne de la Turquie actuelle, elle parle de la persécution de Néron, mais semble avoir été rédigée bien après, sous Domitien, comme le disait déjà Irénée de Lyon (vers 130-vers 202).

Le genre apocalyptique : un héritage des derniers siècles avant notre ère.

Quelques clefs pour lire l’Apocalypse..

Un plan qui révèle le dessein de l’auteur : conforter une Eglise dans l’épreuve

  1. Se définir face au monde : les derniers écrits du N. T.

La rédaction des derniers écrits du Nouveau Testament datent de la période 90-120 et tous partagent la même visée, définir l’Eglise face au monde.

  1. Se définir par rapport au monde romain : la Première Epître de Pierre

L’Eglise face à la persécution.

La réponse de I Pierre..

  1. Se définir par rapport au judaïsme : l’Epître aux Hébreux

La supériorité de la révélation. 

La supériorité du culte.

La nécessité de la foi (en Jésus).

  1. Définir la foi de l’Eglise : Jude et II Pierre

L’utilisation de textes apocalyptiques. 

[In « Le Nouveau Testament », R.BURNET, Que sais-je ?, p. 61 à 80]


Chapitre 4

Canonisations & Manuscrits


II Pierre l’indiquait déjà : dès la fin du 1er siècle, certains écrits faisaient autorité dans les communautés chrétiennes. Après une phase d’écriture vint donc une phase d’organisation du canon, et, après la phase de canonisation, une phase d’édition..


  1. L’organisation du canon

  1. La lente émergence de l’idée de « canon » (IIe-IIIe siècles)

Les gnostiques ouvrent le feu. Basilide (vers 125), qui affirmait que le Christ n’avait pas été crucifié – mais remplacé par Simon de Cyrène. Carpocrate (mort vers 135) aurait mis en circulation une version modifiée de l’Evangile de Marc. 

Marcion (autour de 144) revoit les Ecritures. Il rejette l’Ancien Testament.

Montan (vers 156-172) et son prophétisme rendent suspects les passages apocalyptiques.

  1. Le développement de l’idée canonique

La fin du IIe et le IIIe siècle virent le développement véritable de l’idée de canon.

  1. La clôture du canon

Ce n’est qu’à partir de la fin du IVe siècle que paraissent les premières listes qui closent le canon.

La première définition pour l’Eglise entière n’eut lieu qu’au concile de Florence en 1443 et fut réitérée au concile de Trente en 1546.

  1. Les éditions du Nouveau Testament

  1. Une multiplicité des textes (IIe-IVe siècles)

Un texte primitif ? 

Les premières révisions et les premières versions. 

  1. L’Eglise met un peu d’ordre (IVe-IXe siècle)

Quatre recensions forment quatre états du texte grec. 

De nouvelles versions. Parallèlement à ce travail philologique, les traductions se multiplient.

  1. Du texte standardisé au texte imprimé (IXe-XIXe siècle)

Finalement, ce furent les bouleversements ecclésiastiques et politiques qui réduisirent la variété des textes. La conquête arabe mit fin au christianisme égyptien ; l’adoption du texte byzantin avait fait disparaître le texte « occidental », et le schisme d’Orient en fit la version officielle de l’Eglise orthodoxe ; l’âge d’or des monastères d’Occident, le pouvoir grandissant de la papauté et l’emploi systématique du latin mirent définitivement en honneur la Vulgate. Ce n’est qu’à la Renaissance, qui vit la redécouverte de la langue grecque, et avec la Réforme, qui porta son intérêt sur le texte biblique, que les choses changèrent en Occident.

En grec : du textus receptus au éditions scientifiques.

En latin : de la Vulgate sixto-clémentine aux éditions scientifiques. La nécessité de donner une édition plus fiable de la Vulgate fut sentie par le concile de Trente qui demanda en 1546 que parût une version corrigée.

Une multiplicité de traductions. Grâce au travail scientifique mené sur le texte du Nouveau Testament et aux progrès de l’art de la traduction, un grand nombre de versions de la Bible ont vu le jour depuis la Réforme.


[In « Le Nouveau Testament », R.BURNET, Que sais-je ?, p. 81 à 102]



LES SOURCES CHRETIENNES : « LES ECRITS APOCRYPHES »


Introduction

Evangiles apocryphes


« Evangiles apocryphes »… en quoi les vrais évangiles ont-ils besoin de ces écrits mystérieux, qui surgissent à leur suite, un peu partout dans l’Orient méditerranéen, dès le second siècle ?

« Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis ; au-dedans ce sont des loups rapaces » (Mt 7,15). « Il s’introduira parmi vous des loups redoutables » (Actes 20,29). « Ne vous laissez pas égarer par des doctrines diverses et étrangères » (Hébreux 13,9).

La chasse aux loups

L’Eglise ne supporte pas la prolifération des écrits pompeusement intitulés « évangiles », qui donnent à Jésus un accent étranger et le font parler étrangement : « L’Eglise possède quatre évangiles, l’hérésie en a une multitude » (Origène, Homélie 1 sur Luc).

Les Apocryphes ? De la supercherie ! De l’hérésie ! A bas les sectes ! Et d’abord celle des gnostiques qui se targuent de présenter des enseignements confidentiels livrés par Jésus à ses meilleurs disciples après sa résurrection. Ce caractère secret de la vérité – et tel est le premier sens du mot Apocryphe, écrit caché – s’ouvre au moins franchement de son mensonge : le Jésus de saint Jean a déclaré au grand prêtre qu’il ne fait pas de mystères. Son message est universel.

Et que dire des autres (docètes, encratites, sabelliens…) qui affabulent, commentent des faux, déforment la vérité à leur goût ?

Ainsi, l’Eglise tire à boulets rouges sur ces évangiles. On n’attend pas moins d’un canon (« règle », en grec). Le phénomène apocryphe contraint en effet ces auteurs à confirmer, par justes preuves, la vérité des textes sacrés. 

Première critère : droiture de leur transmission. 

Un second critère évalue la conformité des textes à l’enseignement apostolique. 

Que sont les Apocryphes ?

Quoique ces écrits depuis longtemps ne menacent plus la tradition, ils n’ont guère redoré leur blason. Ils gênent un peu, à jeter ainsi le soupçon sur des origines chrétiennes que l’on croyait pures.

Alors, pourquoi leur trouvons-nous de l’intérêt ? 

On distingue généralement trois couches d’Apocryphes : les évangiles archaïques, les évangiles-fiction, les évangiles gnostiques.

Les plus anciens, issus du judéo-christianisme, portent le nom des communautés qui les ont élaborés et dont ils franchissent rarement les frontières.

Le second groupe donne dans le romanesque. Il enjolive la vie de Jésus et cherche à contenter la curiosité des bonnes gens, en insistant sur ce que l’Evangile a omis. La plus ancienne de ces œuvres est le Protévangile de Jacques, qui date des années 150.

Enfin des évangiles plus savants, d’inspiration gnostique, font parler Jésus, après sa résurrection, avec des disciples choisis : les sentences qu’il prononce, serrent, au moins dans l’évangile de Thomas, d’assez près le texte canonique. Ce groupe a l’âge de la grande flambée gnostique. Il date des IIe et IIIe siècles.

L’effervescence du genre

Les premiers missionnaires, en effet, ont comblé les esprits mais relancent de nouvelles interrogations.

Enfin, les populations sont évangélisées par la prédication orale. 

Les procédés de la diatribe se confondent avec les caractères de la moyenne littérature à laquelle ils appartiennent

Les auteurs et leurs intentions

Des imposteurs ?

Et quel est l’esprit de ces textes ? 

Les règles littéraires de la piété

Où l’épopée se gâte, c’est chez l’enfant Jésus.

Le moment où Dieu apparaît fascine particulièrement nos auteurs..

Il faut aussi prouver que cette histoire ne doit rien au hasard, ni à la malice des hommes.

Une liberté enchaînée

In « Evangiles apocryphe », F.QUERE, Points-Sagesses, p. 7 à 31


Chapitre 1

Fragments d’évangiles


Les Agrapha

Lambeaux de papyrus

Fragments d’évangiles perdus

[In « Evangiles apocryphe », F.QUERE, Points-Sagesses, p. 33 à 63]


Chapitre 2

Evangiles de la nativité et de l’enfance


  1. Le Protévangile de Jacques

Le livre se dit écrit par l’apôtre Jacques le Mineur, frère de Jésus selon l’Evangile, demi-frère selon ce texte. Il est très ancien (milieu du second siècle) et s’inspire librement des récits canoniques de l’enfance.

  1. Evangile du Pseudo-Thomas

Ce « Thomas, philosophe israélite », n’a rien à voir avec le disciple de Jésus ni avec l’évangile de Thomas présenté plus loin. Le texte dont les recensions sont nombreuses en grec, latin, géorgien, slavon, arménien, remonterait à une source syriaque antérieure à l’an 400. Amalgamé avec le Protévangile, il a inspiré des romans de l’enfance, encore plus prodigues en merveilles, dont le Livre arménien de l’enfance et l’Evangile arabe de l’enfance.

  1. Histoire de Joseph le charpentier


Trois versions de cet apocryphe, deux coptes et une arabe, plus fleurie mais plus tardive. Toutes semblent dériver d'un original grec du IVe siècle, aujourd'hui perdu, et de provenance égyptienne.

Les onze premiers chapitres, qui évoquent l'ascendance de Jésus, sa naissance et des détails de sa prime jeunesse, sont influencés par le Protévangile de Jacques. La deuxième partie raconte la maladie, la mort et l'ensevelissement de Joseph. Elle est beaucoup plus originale. C'est le premier document qui témoigne d'un culte rendu à saint Joseph, particulièrement vénéré par les moines coptes d'Egypte. On y décèle, derrière une interprétation chrétienne, de vieux mythes égyptiens et des rites du culte d'Osiris.

[In « Evangiles apocryphe », F.QUERE, Points-Sagesses, p. 65 à 114]


Chapitre 3

Evangiles de la Passion


L’évangile de Pierre

Les Actes de Pilate (ou évangile de Nicodème)

[In « Evangiles apocryphe », F.QUERE, Points-Sagesses, p. 115 à 159]


Chapitre 4

Evangiles gnostiques


Evangile de Thomas ou les paroles secrètes que Jésus le vivant a dites et qu’a écrites Didyme Jude Thomas


Découvert en 1946 à Nag Hammadi, l'évangile de Thomas souleva des émotions: on croyait avoir trouvé dans ce recueil de 114 paroles de Jésus un cinquième évangile, et certains soutenaient que c'était là le plus ancien de tous, dont dépendaient les textes canoniques ! Les passions se sont calmées, l'intérêt de l'apocryphe demeure. Il a été composé en Syrie, comme l'indiquent ses affinités avec d'autres textes, au cours du second siècle et en copte.

[In « Evangiles apocryphe », F.QUERE, Points-Sagesses, p. 161 à 183]

Evangile de Philippe et Evangile de Marie


Chapitre 5

Un évangile gnostique « signé Judas »


Dans les Evangiles canoniques, Jésus désigne Judas comme traître :

« En vérité, je vous le dis, l'un de vous me livrera », dit Jésus à ses douze apôtres (Mat 26, 21). Et il poursuit : « Malheur à cet homme-là par qui le Fils de l'homme est livré ! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître » (Mat 26, 24). 

Ce même épisode est répété dans les Evangiles de Marc (14, 17-21), Luc (22, 14) et Jean (13, 21-30).


Judas livre Jésus qui est arrêté :

« Comme il parlait encore, survint Judas, l'un des Douze, et avec lui une bande nombreuse armée de glaives et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple. Or le traître leur avait donné ce signe : Celui que je baiserai c'est lui, arrêtez-le » (Mat 26, 47-48). Marc (14, 43-45), Luc (22, 47-48) et Jean (18, 2-9) relatent cette scène de manière identique.


Les deux versions de la mort de Judas :

Matthieu est le seul évangéliste à rapporter le suicide de Judas par pendaison. Un Judas qui, prit de remords, rendit les trente deniers d'argent, le prix de sa trahison, aux prêtres, puis « il se retira et s'en alla se pendre » (Mat 27, 5).

Une autre version de la mort de Judas est donnée dans les Actes des Apôtres : « S'étant acquis un champ avec le salaire de son forfait, cet homme est tombé la tête la première et a éclaté par le milieu, et toutes ses entrailles se sont répandues » (Ac 1, 18).


Un « Evangile de Judas » redécouvert

Un évangile copte de Judas


LES SOURCES CHRETIENNES : « LES SOURCES PATRISTIQUES »


Chapitre Unique

Les sources patristiques


Le canon des Ecritures chrétiennes n’a pas retenu un certain nombre d’écrits qui, bien que datant de la fin du 1er siècle ou des débuts du IIème, n’ont pas de lien direct avec la génération apostolique. Quelques-uns d’entre eux comportent cependant des témoignages de valeur sur la vie de Jésus.


La Didaché

L’épître de Clément de Rome aux Corinthiens

Les épîtres d’Ignace d’Antioche

D’autres témoignages patristiques

Il arrive aux Pères de l’Eglise, comme Eusèbe de Césarée (mort en 340) et saint Jérôme (mort en 420), de citer des fragments d’évangiles apocryphes, en général pour en contester la valeur. 

[Le monde de la Bible, hors série 2002 ; p. 66]


LES SOURCES NON CHRETIENNES


Chapitre Unique

Les sources juives, romaines et musulmanes


  1. Les sources juives


Les écrits de Flavius Josèphe 

Le Talmud de Babylone


  1. Les sources romaines

Trois auteurs latins, écrivant entre 110 et 120  de notre ère, ont mentionné l’activité de Jésus en terre juive.

Les lettres de Pline le Jeune

Les Annales de Tacite

Les Vies des douze Césars (Suétone°

  1. Les sources musulmanes

Jésus, prophète de l’Islam, est plusieurs fois nommé dans le Coran, ainsi que d’autres personnages de la tradition biblique, juive et chrétienne.

[Le monde de la Bible, hors série 2002 ; p. 66 et 67]