NAISSANCE DU CHRISTIANISME - Prologue : « Pour vous, qui suis-je ? »


(Marc 8,29)






Les premiers témoignages écrits au sujet de Jésus (Evangiles synoptiques et lettres de Paul) entendent montrer qu’il est à la fois un homme et plus qu’un homme. Qu’il a un lieu particulier à Dieu. Ces mêmes textes affirment aussi de manière unanime que ces disciples ont vu Jésus ressusciter d’entre les morts. Un tel témoignage – qu’il soit vrai ou faux – est unique dans l’histoire des religions.

Jésus lui-même – selon les propos qui lui sont attribués – reste très évasif sur son identité. Il refuse de réponde clairement à ses accusateurs. Quand il parle de lui, Jésus évoque les noms interprétables à l’infini de « Fils de Dieu » et de « Fils de l’homme », et s’arroge un statut particulier, celui d’ « envoyé » d’un Dieu qu’il appelle son « Père » et auprès duquel il revendique une intimité particulière.

Pour autant, il ne se fait jamais l’égal de Dieu. Il vient de Dieu, sa naissance est présentée comme miraculeuse, il ressuscite d’entre les morts, mais les premiers témoignages écrits dans les décennies qui suivent sa mort n’évoquent jamais explicitement sa divinité. Il faudra attendre le début du IIe siècle et la rédaction de l’Evangile de Jean pour que Jésus soit présenté comme l’incarnation de Dieu.

Une telle affirmation, qui heurte aussi violemment la foi juive que la raison humaine, va susciter maints débats au sein du christianisme naissant.

-       Comment Dieu peut-il s’incarner sans perdre son statut totalement transcendant ?

-       Dieu peut-il souffrir et mourir ?

-       Comment concilier humanité et divinité en la personne de Jésus ?

-       Si Jésus est Dieu ? pourquoi parle-t-il de son Père qui l’a envoyé ?

-       Existe-t-il plusieurs personnes divines ?

-       Si oui, comment peut-on encore parler de l’unicité de Dieu, fondement du monothéisme ?




[In « Comment Jésus est devenu Dieu », F.LENOIR, p. 9 à 11]