« LES ECRITS APOCRYPHES » - Chapitre 1: Fragments d’évangiles


I.              Les Agrapha

On appelle Agrapha (littéralement « chose n’appartenant pas à l’Ecriture ») des informations sur Jésus qui nous viennent, non pas des quatre évangiles, mais des autres textes du Nouveau Testament, des variantes introduites dans les manuscrits, ou des Pères de l’Eglise. Ce sont de brèves sections narratives touchant la vie de Jésus, et plus souvent des brides de dialogue ou des sentences du Seigneur.

Leur authenticité reste, malgré les efforts de la critique, d’une appréciation difficile. Certains sont de véritables reliques, d’autres ont sans doute subi des remaniements de la part des communautés qui les repêchèrent. Le lecteur se fiera à son instinct. Malgré sa rigueur, la science hésite bien autant. Sur deux cents Agrapha, trouvent grâce tantôt des dizaines, tantôt un happy few de quatre ou de treize. Les découvertes de Nag Hammadi font actuellement remonter le nombre à une vingtaine.



II.             Lambeaux de papyrus

Les papyrus d’Oxyrhynque. Ces papyrus, découvert de 1897 à 1904, nous sont parvenus en très mauvais état. Datés du IIIe siècle, ils font de nombreux emprunts aux évangiles canoniques, mais aussi à des apocryphes, notamment l’évangile des Egyptiens, d’inspiration gnostique, et quelques autres, quoique de façon moins assurée, l’évangile des Hébreux ou de Pierre. Ils contiennent en tout cas plusieurs paroles (ou « logia ») attribuées à Jésus.

Les papyrus Egerton. Ces fragments ont été découverts en Egypte en 1934. On crut d’abord à un évangile inconnu. La réalité est moins exaltante. Le texte est fait d’emprunts aux quatre évangiles, et surtout à saint Jean ; il suit également une tradition orale, ce qui nous vaut deux épisodes nouveaux, celui des lépreux et celui, fort altéré, des semailles dans le Jourdain.

Cet écrit s’intéresse surtout aux querelles de Jésus avec les juifs. Il a probablement été rédigé au milieu du second siècle.

Fragment du Fayoum. Brides d’évangiles perdu ou citation libre de Matthieu et de Marc ? La brièveté du texte exclut de fermes réponses. On s’accorde à fixer la date de sa composition aux dernières années du IIIe siècle.

Fragment du Caire. Plutôt qu’un fragment d’évangile, il s’agirait d’un petit morceau d’homélie ancienne, relatant la fuite en Egypte puis l’annonciation.

Papyrus 11710 de Berlin. Le papyrus est sans doute du VIe siècle. Il dépend de Jean 1, 49. On notera le titre de Rabbi donné à Jésus par l’apôtre.

Evangile de Marie-Madeleine (fragment P. Rylands III, 463). Le fragment nous est parvenu en copte avant que l’on en ait retrouvé des bribes écrites en grec, ce qui accrédite l’hypothèse selon laquelle la littérature copte d’inspiration gnostique et chrétienne dérive de sources grecques. L’évangile date du second siècle.



III.           Fragments d’évangiles perdus

Evangile selon les Hébreux (ou des Nazaréens). Saint Jérôme découvrit deux textes de l’évangile selon les Hébreux, l’un à Césarée, l’autre près d’Antioche. Dans cet ouvrage écrit en araméen, il crut avoir trouvé la version primitive de saint Matthieu. C’est probablement l’inverse : l’évangile selon les Hébreux paraphrase librement l’évangile canonique de Matthieu, écrit en grec. Mais il incorpore vraisemblablement des traditions orales que l’extrême ancienneté de cet écrit (première moitié du second siècle) rend fort respectables.

L’importance accordée à Jacques montre que cet évangile provient des milieux judéo-chrétiens de stricte obédience. Il est exempt de toute influence hérétique. On n’en regrette que davantage que presque toute l’œuvre soit perdues, à l’exception des fragments recopiés par les Pères, notamment Jérôme et Origène.

Evangile des Ebionites. L’évangile des Ebionites, probablement le même que l’évangile des Douze Apôtres, est surtout attesté par Epiphane. C’est un écrit grec de la première moitié du second siècle. Jérôme et Origène le vilipendent, comme œuvre hérétique. Le texte a vu le jour dans la secte ébionite, gnostiques judaïsant, tirant leur nom d’un mot hébreux signifiant « pauvres ». Ces gens voulaient imposer aux païens avec leurs mœurs austères, le joug de la Loi et niaient la divinité de Jésus. Opposés aux sacrifices, ils font professer le végétarisme à Jean comme au Christ.

Le texte est proche de l’évangile des Hébreux et se réclame comme lui du seul Matthieu.

Evangile des Egyptiens. Cet apocryphe est de la seconde moitié du second siècle. Son nom précise son origine : il circulait parmi les provinces thébaines et libyennes. Les quelques fragments dont nous disposons ont été conservés par Clément d’Alexandrie, Hippolyte et Epiphane, qui blâment son caractère hérétique. On y repère aisément les théories gnostiques sur l’âme, le rigorisme des encratites qui condamnent le mariage, les erreurs trinitaires des sabelliens. Cet écrit, comme les précédents, doit beaucoup à saint Matthieu.

Les traditions de Matthieu. Petits fragments datés du début du second siècle, d’un évangile destiné à des cercles gnostiques égyptiens, qui se réclamaient de Matthieu. Le texte a été trouvé en 1947 parmi les écrits gnostiques coptes découverts en Haute Egypte. Il avait mauvaise presse dans l’Antiquité : « Œuvre de mâle mort, infestée d’hérésie », dit Eusèbe


[In « Evangiles apocryphe », F.QUERE, Points-Sagesses, p. 33 à 63]