LE « NOUVEAU TESTAMENT »: Introduction


Le Nouveau Testament ne se comprend pas si on le dissocie de ce qui préside à la naissance du christianisme : le témoignage d’un groupe de juifs de Galilée, selon lequel Jésus, qui prêcha parmi eux la venue du Royaume de Dieu, était le Messie promis par Dieu, était ressuscité et vainqueur de la mort, et annonçait la conclusion d’une nouvelle alliance entre les hommes et Dieu.

De la période concomitante à l’Exil (587-538 av. J.-C.), le milieu des juifs de Judée avait retenu les croyances messianiques : certains attendaient la venue d’un descendant du roi David, un Messie, qui restaurait l’indépendance politique et religieuse perdue du pays.

Héritier de la période postexilique, ce judaïsme présentait une multiplicité de visages : sadducéens, pharisiens, esséniens… auquel il convient d’ajouter une diaspora hellénistique.

Immédiatement après la mort de Jésus, ses disciples proclamèrent qu’il était ressuscité et proclamèrent la Bonne nouvelle – c’est le sens du mot « évangile », en grec euangelion.

Le Nouveau Testament est composé de cinq grands ensembles :

-       Les quatre évangiles, qui font le récit de la naissance, de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus ; désignés par le nom de leur auteur présumé Matthieu, Marc, Luc et Jean (les trois premiers étant qualifiés de « synoptiques » car ils suivent la même trame).

-       Les Actes des Apôtres, du même auteur que l’évangile de Luc, font le récit de la première prédication apostolique et des débuts de l’Eglise en le centrant sur Pierre et Paul.

-       Les épîtres (ou lettres) de Paul, écrites par l’apôtre ou par ses successeurs sous son nom. On distingue traditionnellement les premières épîtres (I Thessaloniciens, II Thessaloniciens), les grandes épîtres (Galates, I Corinthiens, II Corinthiens, Romains), les épîtres « de la captivité » dont l’auteur se déclare détenu en prison (Philippiens, Colossiens, Ephésiens et Philémon), les épîtres « pastorales » dont l’auteur adresse des recommandations à des chefs de communauté (I Timothée, II Timothée, Tite) et l’Epître aux Hébreux qui recueille une homélie certainement pas de Paul.

-       Les épîtres catholiques, ainsi nommées parce qu’elles s’adressent non pas, comme les lettres de Paul, à des Eglises ou à des individus mais à l’Eglise « universelle » (qui est le sens grec de katholikos), ont des apôtres comme auteurs déclarés : une épître de Jacques, deux de Pierre, trois de Jean et une de Jude.

-       L’Apocalypse, seul traité de style apocalyptique dans le Nouveau Testament.

Il faut noter que les noms que l’on vient de donner sont toujours postérieurs à la rédaction des livres. Les noms des évangiles proviennent de la tradition d’Irénée de Lyon ; les épîtres de Paul sont désignées par leurs destinataires ; les épîtres catholiques sont nommées à partir de leurs auteurs. L’Apocalypse porte le nom que lui a donné son auteur dans son premier verset.

Le plan suivra l’ordre chronologique de rédaction des textes :

-       L’âge apostolique (vers 30-70), les apôtres procèdent à la première prédication.

-       L’âge sub-apostolique (70-90), la seconde génération de chrétiens fait face non seulement à la mort des apôtres, mais aussi aux conséquences de la catastrophique révolte judéenne ; ils écrivent pour conserver l’enseignement apostolique, installer les Eglises dans la durée et définir leurs rapports avec les juifs non chrétiens.

-       La troisième génération des disciples de Jésus (90-120), les nouveaux écrits sont produits pour affronter la persécution et définir sa théologie.

-       Après la rédaction finale du Nouveau Testament (au tournant du IIe siècle), au temps des rédacteurs se superpose celui des éditeurs qui décident quels livres entreront dans le Nouveau Testament et sous quelles versions, et celui des traducteurs, qui le transmettent dans de multiples langues.
[In « Le Nouveau Testament », R.BURNET, Que sais-je ?, p. 3 à 9]



L’ « Ancien Testament »



Pour qu’il y ait un « nouveau », il fallait bien un « ancien » et donc une relation entre les deux. Relation qui n’a jamais été simple à expliquer. Testament vient du latin par lequel on a traduit un mot grec, désignant une sorte de pacte légal pour traduire un mot hébreu qui signifie alliance…

Après la disparition de Jésus, ceux qui ne s’appelaient pas encore chrétiens se sont situés dans la continuité de l’héritage du peuple hébreu. Pour la plupart d’origine juive, comme leur « Maître », ils s’y référaient en choisissant des passages qu’ils interprétaient comme l’annonce de ce qui était devenu le fondement de leur foi : la mort et la résurrection de Jésus, qui faisait de lui le Messie (christos en grec), le sauveur promis par Dieu aux Hébreux.

Cette interprétation dans la continuité a évolué avec la séparation du christianisme et du judaïsme. Après la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains en 70, le judaïsme a resserré ses rangs autour du courant pharisien en excluant les dissidents. Au sein des communautés chrétiennes, déjà engagées dans la diffusion du message de Jésus auprès des populations non juives va désormais s’affirmer la conception défendue par l’apôtre Paul : ce n’est plus le respect de la Loi (la Torah de Moïse) qui sauve, mais la foi en Jésus ressuscité, le Christ.



Ainsi, comme le résume saint Augustin, à la fin du IVe siècle, « l’Ancien Testament n’est pas autre chose que le Nouveau couvert d’un voile, et le Nouveau Testament n’est autre que l’Ancien dévoilé ».

Mais l’Ancien Testament ne correspond pas exactement à ce qu’on appelle aujourd’hui la Bible hébraïque. Cette dernière est le résultat de la sélection opérée par les rabbins qui ont constitué le canon littéraire du judaïsme au tournant des Ier et IIe siècles. Elle est composée de trois ensembles de textes : les cinq livres de la Torah, dont la rédaction est attribuée par la tradition à Moïse et qui posent les fondements de la religion hébraïque tels que Dieu les lui a révélés ; les livres des Prophètes, qui recueillent les interventions de ces « porte-paroles » de Dieu dans l’histoire du peuple hébreu ; enfin, des « Ecrits » qui regroupent différents genres de textes comme des psaumes, des proverbes, des récits de sagesse et le fameux Cantique des cantiques.

Pour ce faire, les rabbins qui ont organisé le judaïsme tel qu’il a traversé l’histoire jusqu’à nos jours, ont laissé de côté une petite dizaine de textes, contenus dans une Bible d’origine hébraïque mais rédigées en grec. On l’appelait « Septante » car la légende dit qu’elle était l’œuvre de soixante-dix savants juifs réunis à Alexandrie au IIIe siècle avant notre ère. De là vient la traduction du mot Torah, qui signifie enseignement, par le mot grec nomos qui signifie la loi… Car c’est dans cet ensemble de textes que les chrétiens du IIe siècle, dont la langue commune était le grec, – idiome international de l’époque – ont puisé leur Ancien Testament, en conservant, à côté des livres de la Bible hébraïque déjà mentionnés, une bonne vingtaine d’écrits d’origine hébraïque non reconnus par le judaïsme. Ainsi, l’unification du premier christianisme s’est aussi effectuée dans un rapport sélectif aux « Ecritures » juives.



[In Le Monde des Religions de novembre-décembre 2005,
« Les sources des Ecritures chrétiennes » S.LAFITTE, p. 24 à 25]


Paroles d’Evangiles

Que savons-nous vraiment de Jésus-Christ ? Dans le siècle qui suivit la mort de Jésus, on se mit à écrire ce qui s’était passé. Lorsque dans les années 60, la génération qui connut Jésus commence à disparaître, certains entreprennent d’interroger les derniers témoins afin de préserver la mémoire des événements. Mais leurs Evangiles (du grec euangelos, qui apporte une bonne nouvelle) ne sont pas des livres d’histoire mais des livres de Foi comportant des éléments historiques. Ce qui explique que les Evangiles canoniques pour ne parler que de ces quatre là, ne rapportent pas les mêmes faits et ne se soucient pas de cohérence. Chaque évangéliste cherche à faire passer le message du Christ : « Ces choses ont été écrites afin que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et qu’en croyant vous avez vie en son nom » (Jean 20-31).
Ces divergences et adaptations ne pouvaient passer inaperçues et, dès le IVe siècle, Origène, un Père de l’Eglise, constate que tout ne s’est pas déroulé exactement tel que raconté. Mais personne, même chez les adversaires de l’Eglise naissance, ne songe à mettre en doute la réalité de Jésus. Il faut attendre le XVIe siècle pour que des érudits s’intéressent à ces divergences et entreprennent un travail critique à l’égard des textes saints. Avec les Lumières, les Evangiles prennent un coup terrible. Les textes perdent toute valeur historique, ce qui n’empêche pas de vouloir retrouver le « Jésus historique » derrière le « Christ de l’Eglise ». Albert Schweitzer fait le point sur les travaux entrepris et constate que la quête du « Jésus historique » s’avère utopique.
La première moitié du XXe siècle n’est guère plus optimiste mais, de plus en plus, on veut se donner les moyens d’aller au plus près de ce qui peut encore être « sauvé », retrouvé. Sont posées les premières bases d’une analyse scientifique des textes évangéliques et plusieurs critères sont dégagés. Ainsi, la diversité des points de vue devient un point positif : si les Evangiles avaient été une création indépendante de tout fait réel, leur histoire serait plus cohérente. Un autre critère analyse la cohérence de ce que l’on prête au Christ.
De fait, les témoins romains ne sont pas légion à faire mention du Sauveur, pour eux un juif parmi d’autres. Une des allusions les plus anciennes (1er siècle) proviendrait d’une lettre de Mara, un philosophe, à son fils Sérapion : « Quel avantage les juifs gagnèrent-ils en exécutant leur Roi sage ? Leur nation fut abolie peu de temps après cet événement. […] Le Roi sage ne mourut pas non plus à toujours, il vit dans les enseignements qu’il a donnés. » Si Jésus n’y est pas nommé, la description sonne assez juste. Les Antiquités juives de Flavius Josèphe (ancien officier juif qui se rendit aux Romains ; 37-94), dont nous possédons des copies, offrent plusieurs passages d’intérêt en citant des personnages connus : Jean le Baptiste, Jacques, frère de Jésus, et surtout Jésus lui-même, notamment lors du long et étonnant Testimonium flavianum. Témoignage trop « beau » pour être authentique et il y a généralement consensus pour dire que si Josèphe a bien parlé du Christ dans son original, il fut plus discret et laconique ; le texte tel que nous le connaissons aujourd’hui résulterait d’une copie ancienne faite par un chrétien trop enthousiaste.
Trois auteurs latins vont citer indirectement Jésus à la même période. Pline le Jeune, légat de Bithynie, écrit en 112 à l’empereur Trajan (livre X, lettre 96) dans le cadre d’enquêtes qu’il mena pour démasquer les chrétiens : « Toute leur faute ou toute leur erreur, ont-ils confessé, s’était bornée à se réunir habituellement à une date fixe, avant le lever du jour, à chanter entre eux un hymne à un Christ comme à un dieu : ils s’engageaient aussi par serment non pas à accomplir tel ou tel crime mais à ne point commettre de vols, de brigandages ou d’adultère, à ne pas nier un dépôt déclaré en justice ; ces rites accomplis, ils avaient coutume de se réunir encore pour prendre leur nourriture qui, quoi qu’on en dise, était ordinaire et innocente ». Peu après, répondant à l’incendie qui ravagea Rome en 64, Tacite (en 116) et Suétone (en 120) évoquent à leur « Christ » ; le premier dans ses Annales (livre XV) : « Néron chercha des coupables et infligea des tourments raffinés à ceux que leurs abominations faisaient détester et que la foule appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ que, sous le principat de Tibère, Ponce Pilate avait livré au supplice. » Le second dans ses Vies des douze Césars : « On livra au supplice les chrétiens, sorte de gens adonnés à une superstition nouvelle et dangereuse ». Un autre passage est à rapporter, celui rappelant que : « Comme les juifs se soulevaient continuellement à l’instigation de Chrestus/Khristos, il [l’empereur Claude] les chassa de Rome ». Une expulsion évoquée dans les Actes des Apôtres. D’autres sources non chrétiennes (juives ou arabes principalement) plus tardives vont mentionner Jésus, même de façon peu flatteuse ; l’historicité du personnage n’est alors jamais remise en doute.
Néanmoins, quelques noms et événements attestés, cela fait peu… Aussi, beaucoup se sont également tournés vers l’archéologie pour réunir de précieuses traces matérielles susceptibles de conforter les évangiles. Mais là encore, c’est oublier que les évangélistes ne se sont parfois jamais rendus sur les lieux qu’ils décrivent. Ce n’est qu’au début du IIIe siècle que des pèlerins vont chercher à retrouver les lieux de naissance du Christ, de son supplice ou de son ensevelissement.
Des découvertes intéressantes sont tout de même venues éclairer ici et là un passage biblique ou aider à mieux cerner le cadre de vie où évoluait Jésus.
Mais cela a-t-il vraiment un impact sur le message que les évangélistes voulurent transmettre ?
« Ils lui dirent : “Dis-nous qui tu es, afin que nous croyons en toi. “
Il leur dit : “Vous scrutez l’aspect du ciel et de la terre mais Celui qui par-devant vous, vous ne le connaissez pas et, cette conjecture-ci, vous ne savez pas comment la scruter. “ »
(Evangile apocryphe de Thomas).
[In Les Cahiers de Sciences & Vie n°83 – Octobre 2004, E.RAUSCHER, p. 92 à 97]