LE « NOUVEAU TESTAMENT » Chapitre 4: Canonisations & Manuscrits


II Pierre l’indiquait déjà : dès la fin du 1er siècle, certains écrits faisaient autorité dans les communautés chrétiennes. Après une phase d’écriture vint donc une phase d’organisation du canon, et, après la phase de canonisation, une phase d’édition.
I.              L’organisation du canon
Quels textes étaient dignes de foi et quels textes ne l’étaient pas ? Quels écrits pouvaient être considérés comme normatifs ?
1.     La lente émergence de l’idée de « canon » (IIe-IIIe siècles)
Pour les premiers chrétiens, l’idée de canon (du grec kanôn, « règle »), ne s’impose pas.
Certes, dès la fin du 1er siècle, l’idée que tous les écrits ne sont pas équivalents a déjà fait son chemin. Le glissement de sens du mot « évangile », de la parole orale à la parole écrite, est accompli dans la Didachè, un écrit pastoral de la fin du 1er  siècle, qui cite deux passages de Matthieu en les appelant l’ « évangile du Christ ». La Première Epître de Clément (vers 90) cite Matthieu et Luc sous le nom de « la parole de Seigneur » (13,2 et 46,7-8). Les lettres d’Ignace d’Antioche (vers 110) fourmillent d’expressions évangéliques. Toutefois, la notion de « canon » valable pour toutes les communautés est loin d’être énoncée.
L’émergence de la notion de canon vint plutôt par la suite, sous la pression des hérétiques, qui, eux, comprirent immédiatement la nécessité de se rendre maître des textes et, par là, des traditions.
Les gnostiques ouvrent le feu. Basilide (vers 125), qui affirmait que le Christ n’avait pas été crucifié – mais remplacé par Simon de Cyrène. Carpocrate (mort vers 135) aurait mis en circulation une version modifiée de l’Evangile de Marc. Valentin (Vers 135-165) et ses disciples concurrencèrent le Nouveau Testament par leurs écrits, dont certains furent retrouvés à Nag Hammadi.
Marcion (autour de 144) revoit les Ecritures. Il rejette l’Ancien Testament. Le Christ a révélé un Dieu radicalement différent du Dieu de l’Ancien Testament, un Dieu de miséricorde, qui discrédite définitivement l’ancienne figure. Premier à reconnaître l’autorité des textes, Marcion se forge son propre canon en utilisant les textes les plus helléniques.
Montan (vers 156-172) et son prophétisme rendent suspects les passages apocalyptiques. Annonçant le retour imminent du Christ, Montan vilipende les relations sexuelles, prononce des oracles et produit de nouvelles écritures sacrées. Il utilise les livres apocalyptiques, jetant la suspicion sur ce genre.
2.     Le développement de l’idée canonique
La fin du IIe et le IIIe siècle virent le développement véritable de l’idée de canon. Deux facteurs hétérogènes se conjuguaient pour promouvoir cette notion : la nécessité de répondre aux hérésies et de définir un canon « orthodoxe » reçu de tous et faisant autorité ; le développement de la réflexion chrétienne qui imposait que l’on s’appuyât sur des éléments solides et que chacun choisît ses références.
3.     La clôture du canon
 Ce n’est qu’à partir de la fin du IVe siècle que paraissent les premières listes qui closent le canon. En Orient, un concile est réuni en 350 à Laodicée qui statue sur une liste. En Occident, ce sont avant tout des synodes locaux qui ferment le canon, en particuliers ceux réunis par Augustin (393 à Hippone, 397 et 419 à Carthage). On trouve également des catalogues de livres apocryphes « interdits » comme le fameux décret du pape Gélase (pontife de 492 à 498).
La première définition pour l’Eglise entière n’eut lieu qu’au concile de Florence en 1443 et fut réitérée au concile de Trente en 1546.
II.             Les éditions du Nouveau Testament
Tout lecteur du Nouveau Testament se doit de garder présente à l’esprit cette évidence : les textes qu’il lit ont été rédigé à une époque bien antérieure à l’imprimerie. Cela a plusieurs conséquences. La reproduction des textes est soumise à la compétence, ou à l’ignorance, des scribes. Le copiste ou le compilateur s’arroge souvent le droit de compléter, d’amender, de biffer.
En outre, la transmission des textes est soumise à l’histoire de l’Eglise et à son organisation. Eglise de la clandestinité et des petits centres régionaux dans les quatre premiers siècles, elle multiplie les traditions, les théologies et les textes. Religion officielle de l’Empire romain à partir de la fin du IVe siècle, profitant d’un grand essor intellectuel, elle cherche à améliorer la situation et à mettre de l’ordre dans ses textes. Eglise à pouvoir centralisé à la fin de l’Empire romain, elle standardise le texte du Nouveau Testament. Eglise confrontée à la tourmente de la Réforme, elle redéfinit deux nouveaux standards : le textus receptus grec et la Vulgate sixto clémentine latine. Eglise en prise avec la modernité philologique à partir du XVIIIe siècle, elle assiste, et participe, à l’élaboration d’un texte scientifiquement établi.
Au début le texte est transmis sur des papyrus, qui ont été découverts par l’archéologie et sont conservés dans un état fragmentaire. Ensuite vient le temps des textes sur parchemin, qui ont été transmis par l’institution ecclésiale. Enfin, avec la découverte de l’imprimerie, texte imprimé.
L’usage de la critique textuelle consiste à nommer « témoins » toutes les copies antérieures à l’imprimerie, « manuscrits » les textes grecs, « versions » les traductions en latin, copte, syriaque, etc., « recensions » le travail d’édition mené par des érudits pour réduire la diversité textuelle.
1.     Une multiplicité des textes (IIe-IVe siècles)
Un texte primitif ? Les premiers états du texte et l’existence d’un texte primitif demeurent hautement conjecturaux. Plusieurs questions demeurent sans réponse : le rôle de l’oral, l’existence d’une ou plusieurs éditions du texte, l’adaptation du texte à des théologies et des nécessités locales. Les quelques témoins conservés ne permettent pas de résoudre les difficultés, car ils sont très fragmentaires : P52 (Bibliothèque Rylands, Manchester), daté de 125, contient Jn 18, 31-33 et 37-38 ; P66 (Bibliothèque Bodmer), daté des environs 200, contient Jn 1 à 21 ; P75 (Bibliothèque Bodmer), daté aussi des environs 200, contient Lc 3 à 24 et Jn 1 à 15.
Les premières révisions et les premières versions. Les premières révisions ont été accomplies par Marcion et par Tatien. Quelques fragments de la version marcionite ont été conservés dans le Contre Marcion de Tertullien et le Panarion d’Epiphane, et on connaît le Diatessaron par une traduction arabe.
On connaît une première version latine datant d’avant l’œuvre de Jérôme écrite en latin moins littéraire nommée Vetus latina, « vieille latine », ou Itala. Elle est conservée en deux états : un état « africain », qui fut utilisé par l’évêque Cyprien de Carthage, conservé par le Codex k Bobbiensis, et le Codex h Floriacensis (       IVe-Ve siècle, provenant respectivement du monastère de Bobbio et de l’abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire) et un état « européen » conservé par le Codex a Vercellensis, et le Codex b Veronensis (IVe-Ve siècle, provenant respectivement de Vercelli et de Vérone).
On connaît également une première version syriaque nommée « vieille syriaque », elle est représentée par deux manuscrits : le sinaïtique sy(r)s, manuscrit palimpseste de la fin du IVe siècle, découvert au Sinaï en 1892 et le manuscrit du Cureton  sy(r)c, manuscrit du Ve siècle, publié par Cureton en 1858.
L’intérêt pour ces premières versions n’est pas uniquement documentaire : elles témoignent d’états du texte parfois antérieurs aux premiers manuscrits grecs et permettent de recueillir de précieux renseignements sur la révision des quatre évangiles et sur l’évolution de la composition du canon.
2.     L’Eglise met un peu d’ordre (IVe-IXe siècle)
   Quatre recensions forment quatre états du texte grec. Dans les Eglises locales, les érudits se mettent au travail et corrigent les manuscrits.
En Palestine (Césarée), le texte césaréen. Utilisé par Origène, il est assez mal connu : le Codex O Koridethi, provenant du monastère de Koridethi dans le Caucase et datant du IXe siècle, et deux « familles » de manuscrits minuscules, c’est-à-dire écrit en minuscules et non plus, comme les précédents, en « onciales » ou majuscules : f1, famille »Lake » (XIIe siècle) et f13, famille « Ferrar » (XIIIe siècle).
En Egypte (Alexandrie), le texte alexandrin. Maintenant les incorrections en grec, en particulier le style rude de Marc, il est considéré depuis le XIXe siècle comme le plus fidèle au style originel et sert de base à la plupart des éditions critiques et traductions modernes. Ses principaux représentants sont le Codex א  Sinaïticus, datant des années 350 ; le Codex A Alexandrinus du Ve siècle pour les Actes, les épîtres et l’Apocalypse, copié en Egypte ; le Codex B Vaticanus du IVe siècle ; le Codex C Ephraemi rescriptus du Ve siècle ; le Codex Ψ Athos laurensis du IXe siècle.
A Antioche, le texte syro-byzantin ou occidental. Sa priorité par rapport au texte alexandrin est parfois contestée, mais il semble le plus ancien. Il multiplie les leçons correctives pour expliquer les difficultés, harmoniser les évangiles et réduire les fautes de style, en particulier dans Marc. Pour les Actes des Apôtres, il donne parfois une version beaucoup plus longue du texte. Ses principaux représentants sont pour les Evangiles et les Actes le Codex D Bezae du Ve siècle ; pour les épîtres de Paul le Codex D Claromontanus du VIe siècle. Cette version a été utilisée par les pères latins anciens.
A une période plus tardive, sans doute à Antioche de Syrie, une dernière version fut réalisée : la version byzantine. Elle s’inspirait du texte occidental et du texte alexandrin. Passée à Constantinople, elle devint la version officielle du patriarcat d’Orient et sert encore aujourd’hui à l’Eglise orthodoxe grecque. Ses témoins sont nombreux, on citera, outre une foule de manuscrits minuscules, le Codex A02 Alexandrinus pour les Evangiles ainsi qu’une série de codices « de luxe » du VIe siècle, codex N Purpureus Petropolitanus, codex O Sinopensis, codex Φ Beratinus.
De nouvelles versions. Parallèlement à ce travail philologique, les traductions se multiplient.
En latin, la Vulgate. Elle est l’œuvre de Jérôme, né en Dalmatie entre 340 et 350. Homme de culture, il répondit à la demande du pape Damase de produire une version fiable. Se livrant à un vaste travail d’édition, il traduisit les Evangiles, puis le Nouveau Testament, puis la Bible entière, pour laquelle il s’efforce de partir de la version en hébreu, et non plus de la Septante (en grec) comme la Vetus Latina de l’Ancien Testament l’avait fait. Jérôme a un style très littéraire mais reste très fidèle au texte. Il tourne le dos à la version dite occidentale et privilégie le texte byzantin tout en consultant א. Adoptée par l’Eglise d’Occident, la Vulgate est très bien représentée. Le meilleur manuscrit est peut-être le codex A Amiatinus, datant du VIIIe siècle.
En syriaque, il faut citer la Peshitta, la « simple » notée syp, version traduite sur le texte byzantin probablement sous l’épiscopat de Rabboula, évêque d’Edesse (411-435), la version philoxénienne (syph) voulue par Philoxène, évêque monophysite de Mabboug (vers 485), et la version syro-palestinienne très influencée par le grec.
En copte on trouve plusieurs versions, dont une version en sahidique (copsa) et une version en bohaïrique (copbo).
La version gothique réalisée par l’évêque wisigothique Ulfila est représentée par le codex argenteus écrit à l’encre argentique, datant du VIe siècle.
3.     Du texte standardisé au texte imprimé (IXe-XIXe siècle)
Finalement, ce furent les bouleversements ecclésiastiques et politiques qui réduisirent la variété des textes. La conquête arabe mit fin au christianisme égyptien ; l’adoption du texte byzantin avait fait disparaître le texte « occidental », et le schisme d’Orient en fit la version officielle de l’Eglise orthodoxe ; l’âge d’or des monastères d’Occident, le pouvoir grandissant de la papauté et l’emploi systématique du latin mirent définitivement en honneur la Vulgate. Ce n’est qu’à la Renaissance, qui vit la redécouverte de la langue grecque, et avec la Réforme, qui porta son intérêt sur le texte biblique, que les choses changèrent en Occident.
En grec : du textus receptus au éditions scientifiques.
En latin : de la Vulgate sixto-clémentine aux éditions scientifiques. La nécessité de donner une édition plus fiable de la Vulgate fut sentie par le concile de Trente qui demanda en 1546 que parût une version corrigée. Commencée en 1586 par le pape Sixte-Quint, le travail fut repris et achevé sous le pontificat de Clément VIII en 1592, d’où son nom.
Une multiplicité de traductions. Grâce au travail scientifique mené sur le texte du Nouveau Testament et aux progrès de l’art de la traduction, un grand nombre de versions de la Bible ont vu le jour depuis la Réforme.
Aux XIXe et XXe siècles, sous l’impulsion des sociétés bibliques protestantes, le Nouveau Testament fut traduit dans plus de 500 langues et certains passages dans 1978 langues.
En français, on dispose d’une multiplicité de traductions, chacune visant un public différent.
                La Bible de Lemaitre de Sacy – d’inspiration janséniste et datant de 1667.
                La Bible de la Pléiade (Gallimard) – ses notes sont plus philologiques que théologique mais ses traductions sont inégales.
                La Bible de Jérusalem (Le Cerf) – d’inspiration catholique. Très proche de l’original, elle privilégie l’exactitude à l’élégance.
                La Nouvelle Bible Segond (Alliance biblique universelle).
                La Traduction œcuménique de la Bible ou T.O.B. (Le Cerf et l’Alliance biblique universelle) – menée conjointement par des protestants et des catholiques, elle « colle » au texte comme la Bible de Jérusalem, mais manifeste un plus grand souci d’élégance.
                La Bible Osty (Editions du Seuil) – œuvre de deux prêtres catholiques, cette version est sans nul doute la plus remarquable : fidèle au texte, elle manifeste une grande élégance.
                La Bible Parole de Vie (Alliance biblique universelle) – elle s’adresse aux lecteurs francophones qui ont de la peine à maîtriser le français.
                La Bible, nouvelle traduction (Bayard, 2001) – travail de collaboration entre des spécialistes de la Bible et des écrivains agnostiques, juifs ou chrétiens.

[In « Le Nouveau Testament », R.BURNET, Que sais-je ?, p. 81 à 102]



Ces témoignages sont-ils historiques ?
Réponses avec Michel Quesnel, recteur de l’Université catholique de Lyon, Bibliste, spécialiste du Nouveau Testament.

Quelle est la valeur historique des Evangiles ? Il ne faut pas oublier qu’il y a, dans tout récit, une interprétation de ce qui s’est passé. Cela est vrai pour la vie de Jésus comme pour celle de Jules César ou d’Alexandre le Grand… Les Evangiles marquent leur différence dans le fait que la mise en forme, orale puis écrite, de ces récits s’est faite à la lumière de la résurrection de Jésus. Cet évènement introduit une autre dimension dans l’interprétation de sa vie et de ses paroles. Mais cela ne doit pas conduire à penser que ces récits sont les seuls documents qui ne soient pas le reflet fidèle de ce qui s’est produit. Simplement, il n’est pas possible de parler de la valeur historique des Evangiles de façon globale. Il y a des passages où l’on est très proche de l’histoire, certains où l’on est très loin et d’autres entre ces deux cas de figure…

Les historiens ont élaboré un certain nombre de critères de fiabilité. On peut en citer quatre : le critère des multiples attestations, celui de la cohérence, celui de la dissemblance et celui de l’explication suffisante.

Comment situer l’épisode de la résurrection ? Cet évènement échappe aux méthodes de travail des historiens. Cela, dans la mesure où toutes les sources ne nomment, comme témoins, que des personnes ayant un rapport de sympathie ou d’antipathie avec Jésus extérieur à l’événement lui-même. Il n’y a pas de témoins neutre et tous ceux qui rapportent cet événement sont des convaincus. D’autre part, les récits de la vie de Jésus ont en partie pour objectif d’étayer sa résurrection. C’est ce qui fait des Evangiles un témoignage de foi.

Quelles garanties avons-nous de la fiabilité de la transmission des textes originaux ? Dans l’Antiquité, il n’existe pas d’autres textes pour lesquels on trouve un aussi grand nombre de manuscrits et une aussi grande proximité. Certains sont presque contemporains de leur première rédaction. Pour la « Guerre des Gaules » de Jules César, l’écart est de onze siècles. Il est de siècles pour Virgile… Alors que des parchemins complets des textes du Nouveau Testament remontent au IVe siècle. En général, les copistes de l’Antiquité transforment peu. Il y a des différences entre manuscrits, mais la plupart portent sur des détails qui ne prêtent guère à conséquences.

Pourquoi présente-t-on ces textes comme étant l’Evangile « selon » tel ou tel auteur ? Cette expression introduit une distance, dont l’interprétation la plus courante est que ces textes sont rattachés à une personne, considérée comme le chef de file d’une tradition dont se réclamait une Eglise particulière. Aujourd’hui, pour Matthieu et Jean, l’opinion des historiens est quasi unanime pour dire que ces auteurs ne sont pas identifiables au Matthieu et au Jean, fils de Zébédée, membres du groupe des douze premiers disciples. L’opinion est plus partagée en ce qui concerne Marc et Luc qui n’étaient pas membres du « groupe des Douze ». Comme ils ne bénéficiaient pas de cette autorité, il n’était pas très utile d’attacher leur nom à ces textes. C’est pourquoi il est plus courant de les considérer comme leurs auteurs.

Pourquoi l’Eglise a-t-elle retenu quatre Evangiles au lieu d’un seul ? Pour les chrétiens, la « Parole de Dieu » n’est pas les textes mais Jésus-Christ lui-même. Tous les écrits qui parlent de lui ne sont que des témoignages sur sa vie à partir de sa résurrection. Pour l’islam, le Coran est la « Parole de Dieu » dictée au prophète Mahomet. Elle n’a qu’une unique version. Dans le christianisme, Jésus est unique, mais les approches sont multiples. Ce choix relève du souci de préserver ce que la tradition des premiers chrétiens avait transmis comme tel, mais aussi de ne pas enfermer Jésus dans un seul récit. Dans la tradition chrétienne, l’interprétation est vraiement fondatrice.

[In Le Monde des Religions de novembre-décembre 2005, propos recueillis par S.LAFITTE, p. 40 à 41]



Le IVe siècle voit la « fermeture définitive » du Canon catholique

Au début de ce siècle, l’empereur Constantin, nouvellement chrétien, commande à Eusèbe de Césarée 50 Bibles « lisibles et portatives », ce qui dynamise le travail sur les textes. A la fin du siècle, trois personnalités vont apporter les derniers grands changements au canon pour lui donner la forme que nous lui connaissons : Athanase d’Alexandrie finit par faire accepter une Apocalypse aux Eglises d’Orient, elles qui les rejetaient généralement et il publie son canon en 367. Jérôme et Augustin font reconnaître l’Epître aux Hébreux aux Eglises d’Occident. En 382, lors du synode de Rome (organisé sous l’influence de Jérôme) puis, en 393, lors du concile d’Hippone (sous celle d’Augustin), la liste du canon est définitivement close et fixée à 27 textes pour l’Eglise catholique.

Cette liste est promulguée par le pape Damase 1er et il charge Jérôme, son secrétaire, d’effectuer une traduction latine fiable afin d’uniformiser une fois pour toutes les copies de ces textes en circulation. Jérôme s’attelle à la tâche et va rédiger la Vulgate, réunissant Ancien et Nouveau Testament, qui sera la référence de tout le Moyen Age.

 [In Les Cahiers de Sciences & Vie n°83 – Octobre 2004, E.RAUSCHER, p. 104 à 107]