JESUS, UNE VIE D’HOMME Chapitre 2: La mort du prophète, abandonné des siens

De tous les évènements concernant l’histoire de Jésus, les derniers jours de sa vie sont sans doute la période la mieux connue. Les quatre évangiles offrent un récit assez proche du temps écoulé entre son arrestation et la découverte du tombeau ouvert. La trame du récit est simple : alors que Pilate était gouverneur de Judée, Jésus fut crucifié à Jérusalem, au lieu-dit Golgotha, lors de la fête de la Pâque, le 7 avril de l’an 30. Quelques grands-prêtres avaient décidé de remettre Jésus à l’autorité romaine afin qu’il soit crucifié. Au matin du surlendemain, des femmes découvrent le tombeau vide.



Au seuil des récits de la Passion, nous assistons dans les évangiles à un chassé-croisé. Les personnages qui s’opposent à Jésus changent d’identité. Pendant les deux ou trois ans qu’a duré l’activité publique de Jésus, les pharisiens ont été des adversaires implacables. Pourtant, comme Jésus, ils étaient soucieux de faire du peuple, un peuple saint ; mais leur projet empruntait des voies différentes. Les discussions entre Jésus et les pharisiens portaient sur l’interprétation de l’Ecriture et la manière de vivre la foi au Dieu Un (exemple en Mt 5,20-22a). Peu de temps avant l’arrestation de Jésus et lors de la Passion, les Pharisiens disparaissent du devant de la scène, ils la quittent au moment où Jésus est arrêté. En revanche, les grands-prêtres, en général de tendance sadducéenne, occupent la première place lors des derniers jours de Jésus à Jérusalem. Ils sont les protagonistes de l’arrestation de Jésus, de sa condamnation et de sa remise à Pilate. L’antagonisme entre Jésus et les grands-prêtres est d’une nature autre que celui qui a mis aux prises Jésus et les pharisiens. Les grands-prêtres en exercice au 1er siècle sont peut estimés du peuple, car ils n’appartiennent pas aux familles descendantes de Sadoq, mais au commun du sacerdoce. Ce dernier est aux mains des Romains, qui nomment et destituent le grand-prêtre selon leurs convenances. Or Jésus met en cause le pouvoir des grands-prêtres qui règnent en maîtres au Temple. Il constitue donc un danger.

Aux prises avec les grands-prêtres
Jésus inaugure son ministère en se mettant à l’école des baptistes. Il ne rompra jamais avec ce milieu (Mt 11,2-19 ; 21,25.32), à tel point que les premiers chrétiens feront de Jean le précurseur de Jésus. Or le monde des baptistes n’a pas de sympathie particulière pour les grands prêtres. Jésus lui-même pratique une certaine réserve vis-à-vis du culte du Temple. Mais surtout Jésus offense les grands-prêtres en s’en prenant au fonctionnement du Temple (Mc 11,15-19). Les grands-prêtres ont bien compris le sens que Jésus donne à l’expulsion des vendeurs du Temple. Le prophète de Nazareth apparaît tel un nouveau Jérémie dénonçant les trafics qui se font autour du Temple et mettant en garde contre une confiance irraisonnée en celui-ci (Jr 26). Comme Jérémie, Jésus a prêché d’abord la justice et l’amour  du frère et mis en garde contre une religion qui serait sans miséricorde. Les récits  qui précèdent la mort de Jésus ne laissent subsister aucun doute. Jésus a suscité une opposition violente des grands-prêtres en se présentant tel le prophète qui ne supporte pas que le culte du Temple soit détourné de sa fonction originelle et soit entaché d’impureté.

Une parole contre le Temple, prétexte à la condamnation
Malgré son habillage théologique, la comparution de Jésus devant les autorités religieuses de son peuple conduit aux mêmes conclusions (Mc 15,53-64) : en s’en prenant au Temple, Jésus a provoqué la colère des milieux sacerdotaux et déclenché le processus qui le conduit à la crucifixion (Mc 15,30 ; Mc 13,1-2 ; Ac 6,14 ; Jn 2,13-22). En agissant ainsi, Jésus prend place dans la tradition des prophètes qui n’ont cessé de protester contre un dévoiement du Temple.

Du prophète au Messie
Jean fait une présentation des protagonistes de l’événement sans doute plus conforme aux faits. L’interrogatoire de Jésus par les autorités de son peuple n’a pas revêtu un caractère officiel. La mort de Jésus fut décidée quelque temps avant la Pâque à l’instigation du grand-prêtre en exercice Caïphe (Jn11, 45-54). Peu après l’arrestation de Jésus, Anne, ancien grand-prêtre et personnage de premier plan, se mit d’accord avec quelques autres responsables juifs sur les motifs qui seraient présentés à Pilate afin d’obtenir la crucifixion de Jésus. Un motif tiré de la Loi et dénonçant Jésus comme faux prophète n’avait pas grand intérêt pour Pilate, chargé de maintenir la pax romana dans la province de Judée. Aussi Jésus fut-il présenté à Pilate sous les traits du Messie, du roi, fauteur de troubles (Lc 23,2-3 ; Jn 18,33) ; il faisait concurrence à l’empereur. Certes le prétendu prophète ne revendiquait pas la direction du peuple, mais il était cause d’agitation au sein d’une population humiliée par l’occupation romaine et vivant dans l’espérance d’une libération. Il constituait une source potentielle de troubles.

L’appel adressé à Pilate
S’ils voulaient faire disparaître le prophète Jésus, les grands-prêtres avaient besoin de Pilate : « Il ne nous est pas permis de mettre quelqu’un à mort ! » (Jn 18,31). En tant que représentant de l’empereur, le gouverneur y disposait de l’imperium ; il avait seul le droit de condamner à mort. Les autorités locales jouissaient d’une liberté assez grande dans le domaine judiciaire, mais il ne leur était pas possible de procéder à une exécution capitale. Quelques chefs juifs, rassemblés autour des grandes familles sacerdotales, ont voulu faire taire le prophète Jésus de Nazareth ; ils sont les responsables directs de sa mort.
Les pharisiens ne pouvaient pas envisager de livrer un de leurs coreligionnaires à des païens dont l’occupation nuisait à la sainteté de la terre d’Israël. Les grands-prêtres n’avaient pas le même scrupule. Cependant la volonté de mettre à mort Jésus n’aurait pu se réaliser d’un point de vue légal si Pilate n’avait pas donné son accord pour une affaire à laquelle il n’accordait pas une importance démesurée.

Les disciples et la crucifixion du Maître
Après la mort de Jésus, les disciples, quoique désemparés, ne pouvaient pas imaginer que leur Maître fût abandonné de Dieu. Ils attendaient donc que sa justice fût manifestée à la fin des temps lors de la Résurrection. Les récits de la rencontre de Jésus et des disciples d’Emmaüs est un remarquable morceau de théologie lucanienne. Les disciples n’attendent plus rien dans l’immédiat, ils sont placés face à l’incompréhensible : le prophète en qui ils ont cru percevoir le libérateur d’Israël est mort misérablement. Il faudra les manifestations de Jésus aux siens pour que sa crucifixion prenne un autre sens. Alors s’éclairent les paroles énigmatiques de Jésus sur sa résurrection d’entre les Morts (Mc 9,31-32).

Une réinterprétation de la mort de Jésus
Pour la première communauté chrétienne, la parabole des vignerons meurtriers ne peut plus être une simple mise en garde adressée à des chefs qui se comportent comme de misérables criminels (Mc 12,1-9). Elle prend une tonalité nouvelle et devient occasion d’affirmer que la fin tragique de Jésus était annoncée dans l’Ecriture (Ps 118,22-23 cité en Mc 12,10-11 par.). Ainsi s’élabore peu à peu une apologétique qui fait largement appel à la tradition d’Israël relue à travers l’histoire de Jésus.
Afin de lever le scandale de la mort ignominieuse de Jésus, les disciples relisent les événements de la Passion à la lumière de l’Ancien Testament qui constitue une réserve inépuisable de sens.
En faisant appel aux psaumes 22 et 69, Marc (15,33-41 par. Mt 27,47-56) invite à contempler dans le juste humilié le paradoxe du fils de Dieu en croix livré par les chefs de son peuple, abandonné des siens, confessé par un centurion, symbole de la venue des païens à la foi (Mc 15,39). En recourant au langage apocalyptique, Matthieu insiste sur la nouveauté qui surgit lors de la mort de Jésus, qui met fin à la division de l’humanité : le rideau du Temple se déchire (Mt 27,51) et de nombreux défunts ressuscitent (Mt 27,52).
Pour Luc, la Passion devient une voie dans laquelle le disciple s’engage à la suite du Maître (Lc 23,26-32) et trouve le pardon (Lc 23,39-43). L’évangéliste transfère la parole de Jésus sur le Temple au livre des Actes, il la place sur les lèvres des adversaires d’Etienne (Ac 6,14) ; ainsi, le disciple devient témoin du Maître et se compromet avec lui. Luc est le seul évangéliste, sans doute à la suite de la communauté primitive (Ac 2,13.26 ; 4,27.30), à présenter de manière explicite Jésus comme le Serviteur d’Isaïe (22,37) [voir encore Ac 8,32-33].
Jean contemple dans celui qui est traité comme un esclave le Maître qui a tout pouvoir (Jn 18,6). Jésus conduit l’interrogatoire devant Pilate (Jn 16,34-38). Il est l’agneau pascal (Jn 19,36) que l’évangéliste avait proclamé dès le début en liant cette figure et celle du serviteur souffrant « qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29).
La transformation la plus remarquable se trouve dans le récit synoptique de la comparution de Jésus devant les autorités de son peuple (Mc 14,53-64 par.). Il ne s’agit plus de savoir si Jésus est un vrai ou un faux prophète, mais le texte confesse avec clarté l’identité de Jésus, car, désormais, là est le point de séparation avec les juifs qui n’ont pas reconnu en Jésus le messie d’Israël. La deuxième partie du récit met alors l’accent sur la véritable identité de Jésus (Mc 14,61b-62).

Une réserve devant la croix
Même réinterprétée, la croix de Jésus le Christ demeure un objet de scandale et une difficulté pour les premiers disciples. Les plus anciennes confessions de foi ne mentionnent pas la crucifixion, mais se contentent d’une formulation plus vague.
Le supplice de la croix était trop infamant pour qu’il soit mis en avant, pourtant il est au cœur de la foi. Paul le rappelle, et met en garde les chrétiens qui auraient tendance à ne pas mettre le Messie crucifié au centre de leur prédication (1Co 1,23). Même si, dans son sens originel, le texte de Dt 21,22 cité par Paul : « Maudit quiconque est pendu au bois » (Ga 3,13) ne vise pas directement la croix, il exprime la malédiction de Dieu à l’égard du condamné pendu au bois. Là était la cause principale de la violence de Paul à l’égard de la jeune communauté chrétienne avant son expérience de Damas.
Bien que la foi en la résurrection et l’appel à l’Ecriture aient permis de rendre compte de la mort de Jésus, le fait de sa crucifixion est demeurée déroutant pour nombre de croyants et pour ceux qui entendaient pour la première fois la proclamation du Christ sauveur. Héritiers de cette tradition séculaire, nous ne mesurons plus toujours ce que représentait d’inédit le fait de se réclamer d’un crucifié.
 
 [Le monde de la Bible, hors série 2002 ; p. 41 à 45. Jean-Pierre LEMONON, professeur à la faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon].

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Le mystère de la croix
La passion de Jésus tient une place littérairement considérable dans les récits évangéliques. L’ordonnance des quatre récits s’inscrit dans le même schéma général, qui s’articule autour de trois tournants majeurs : l’arrestation, les procès et la crucifixion. Dans le premier temps (onction de Béthanie, repas de la Cène, agonie), Jésus annonce ce qui va arriver et en indique le sens. Son arrestation conduit au double jugement, juif et romain, de sa condamnation à mort. Désormais, Jésus est mené par ses adversaires auxquels il a été livré. Dans cette séquence, les évangélistes mettent en relief l’innocence de Jésus et le caractère injuste de sa condamnation
Les récits de la crucifixion, de la mort et de la mise au tombeau soulignent la dignité de Jésus dans sa manière de mourir.
Les mentions de la croix sont rares en dehors de la Passion, elles n’interviennent qu’au troisième temps du récit. Et au terme, le ressuscité demeure appelé le « Crucifié » (Mt 28,5 et Mc 16,6).
Chez Matthieu et Marc, Jésus est présenté comme le juste par excellence, persécuté et martyr pour sa mission. L’institution de l’eucharistie dit, dès le début, le sens que Jésus donne à sa mort prochaine, celui du don de lui-même pour ses frères. Puis le juste est successivement abandonné par ses amis, jugés par ses coreligionnaires, livré à la mort par le pouvoir romain. Mais il y a plus : les deux évangélistes insistent sur la déréliction de Jésus en croix. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ce cri est certainement l’expression d’une angoisse mortelle mais il demeure une prière et une question sur les voies de Dieu. Sur le moment, seul le silence de Dieu lui répond mais ce silence est à sa manière révélation. L’orchestration cosmique et apocalyptique du drame en révèle la portée : au moment où les ténèbres du monde essaient de recouvrir la terre dans un acte de « décréation », la mort de Jésus nous rend la lumière. En réalité, la réponse à la question de Jésus est donnée par la voix du centurion qui « voyant qu’il avait ainsi expiré dit : Vraiment cet homme était fils de Dieu » (Mc 15,39). Le centurion a confessé la foi : dans cet abandon de Jésus par Dieu, il a su lire l’abandon de Jésus à Dieu et le don du Père au Fils.
L’évangile de Luc insiste sur le pouvoir de conversion de l’événement chez les témoins. Non seulement le centurion confesse que Jésus était un juste mais Pierre pleure son reniement, Simon de Cyrène se charge de la croix comme s’il était déjà un disciple, l’un des deux malfaiteurs se convertit, une grande foule s’en retourne en se frappant la poitrine, déjà repentante. Enfin, les dernières paroles de Jésus sont une demande de pardon pour ses bourreaux et une promesse de salut immédiat pour le « bon larron ». Au lieu du cri d’abandon, Luc met dans la bouche de Jésus une parole d’abandon à Dieu. La réalité du salut affleure dans un récit qui devient tout autre chose qu’une exécution capitale.
L’évangile de Jean présente lui, la mort en croix de Jésus comme la manifestation de sa gloire. La Passion est introduite par le geste du lavement des pieds et un long discours d’adieu. Après son arrestation, il est l’objet de sévices qui prennent ainsi symboliquement la valeur d’une intronisation liturgique. Il est présenté au peuple par Pilate revêtu d’un manteau impérial de pourpre ; il lui est donné le titre de roi (Jn 19,14), qui le suivra jusqu’à sa croix. Crucifié, Jésus continue d’œuvrer pour les siens en confiant sa mère au disciple bien-aimé. Jean souligne que tout ce qui se passe est un accomplissement des Ecritures, jusqu’au moment où le côté de Jésus est transpercé, libérant le sang et l’eau, signes de vie et de fécondité.
La mise en croix de Jésus est une révélation de la gloire de Dieu qui demande simplement la contemplation. La croix a définitivement changé de sens : il ne s’agit plus d’une exécution ignominieuse mais de l’accomplissement d’un amour inouï.
Ce mouvement qui va de l’horreur scandaleuse à la compréhension du mystère du salut se retrouve dans les épîtres. La croix et la résurrection forment le cœur de la proclamation originelle du salut accompli par le Christ (Ac 2,36). Elles appartiennent à la confession primitive de la foi que Paul transmet après l’avoir reçue, sous la mention de la mort : « Le Christ est mort pour nos péchés selon les Ecritures » (1Co 15,3).
Les épîtres de Paul recueillent un certain nombre d’hymnes liturgiques célébrant l’événement de Jésus (Ph 2,6-11 ; 2,8 ; Col 1,12-20).
Une telle prédication ne pouvait pas ne pas provoquer l’opposition tant des juifs que des païens. Paul ne tarde pas à s’en apercevoir à Corinthe et, bien loin de garder la discrétion sur la « parole de la croix », il focalise sur elle sa prédication, en proclamant le paradoxe selon lequel ce qui est folie aux yeux des hommes exprime la plus grande sagesse et puissance de Dieu (1Co 1,18-25).
Cette évocation du scandale de la croix n’est pas de l’ordre de l’exagération du discours. Paul résume ici la réaction spontanée des juifs et des païens devant l’annonce d’un salut lié à une exécution capitale ignominieuse. Pour les Juifs, un cadavre était impur et la pendaison signe de la malédiction de Dieu. Paul profite de cette réaction négative pour ramener au contraire tout l’événement  de Jésus à son supplice. La croix devient le symbole de Dieu lui-même révélé en son Fils. Pour Paul, la croix est l’événement du salut, considéré à la fois comme la victoire libératrice sur les forces du mal et l’expression du pardon de Dieu. Si Jésus assume en sa chair la situation du maudit pendu à l’arbre (Ga 3,3), c’est pour nous délivrer de la malédiction de la Loi. Sur la croix, Dieu nous a aussi pardonné nos péchés (Col 2,13-15). Ainsi le cortège ignominieux de l’exécution devient-il le cortège de la victoire salvifique.
L’épître aux Ephésiens célèbre la croix comme l’instrument de la réconciliation des juifs et des païens, ceux-là mêmes qui la refusaient comme scandale et folie (Ep 2,15-16). Le propre de la croix fut de transformer une entreprise de haine en une œuvre d’amour et de réconciliation de Dieu avec les hommes et des hommes entre eux.
Mais la croix n’est pas seulement celle du Christ. Dans les évangiles, deux logia invitent le disciple à « porter sa croix » avec le maître (Mc 8,34-9,1 ; Mt 10,38).
Paul est le disciple qui a le mieux formulé cette mystique de la croix de Jésus (Ga 2,19).
« Crucifié pour nous sous Ponce Pilate ». En quel sens le Christ a-t-il été « crucifié pour nous » et nous sauve-t-il par sa croix ? Dès le IIème siècle, saint Justin, le premier théologien de la croix, tient à montrer toutes les annonces de la croix dans les Ecritures.
Dans l’histoire des religions et des symboles, la croix a souvent une signification cosmique, et Justin perçoit également la mystérieuse relation entre la croix rédemptrice du Christ et la croix cosmique. Il montre aussi en quoi la croix transforme le rapport entre juifs et païens, et comment elle institue un nouvel ordre du monde entre les deux parousies du Christ. A l’égard des païens, Justin découvre des allusions à la croix dans les mythologies et chez les philosophes comme Platon. La même théologie se retrouve chez saint Irénée de Lyon, sans doute inspiré par son prédécesseur (Contre les hérésies, V, 18,3).
Dans l’Eglise ancienne, la théologie de la croix s’est ensuite développée selon la double direction de son rôle salvifique et de l’identité divine du Crucifié. La croix, regardée dans la foi, devient une épiphanie de Dieu, elle est la lumière qui surgit dans les ténèbres. Mais plus généralement, la croix est comprise comme le lieu du combat victorieux mené par Jésus contre les forces du mal et de la mort.
Une autre grande interprétation du salut par la croix est celle du sacrifice. Il s’agit non seulement d’un sacrifice personnel et existentiel, mais encore d’un don que Dieu fait à l’homme en son F     ils, afin que l’homme puisse se donner à son tour à Dieu en sacrifice spirituel.
La croix jette une lumière sur le scandale, profondément opaque, de la souffrance humaine. Elle s’inscrit dans un acte de compassion. Dieu en son Fils vient partager cette souffrance. Jésus le fait non par amour de la souffrance mais par amour des hommes qui souffrent. Car tout homme, quel que soit l’abîme de la souffrance, peut déjà jeter un regard vers la croix.
[Le monde de la Bible, hors série 2002 ; p. 46 à 51. Bernard SESBOÜE, théologien jésuite, professeur au Centre Sèvres Paris]