Epilogue: Le peuple hébreu et les empires (538 av. J.-C.-66 ap. J.-C.)


(Esdras ; Néhémie ; 1er et 2ème Livres des Maccabées)



Une partie de la population, cependant, a survécu et n’a pas été déportée. Les autorités babyloniennes leur ont même accordé une certaine autonomie ; elles ont désigné Godolias, fils d’Ahiqam, pour gouverner ceux qui sont restés à Juda. Godolias tente alors de convaincre le peuple de Juda de coopérer avec les Babyloniens. Mais il sera vite assassiné par Yismaël, le fils de Netanya, « qui était de race royale ». Furent également massacrés d’autres notables judéens et des représentants de Babylone. Ce qui restait de la population locale décida de s’enfuir pour garder la vie sauve, désertant Juda, en Egypte. Jérémie, le prophète, s’enfuit avec eux. De nombreux siècles d’occupation israélite de la Terre promise semblaient prendre fin (2R 25,22-26 ; Jr 40,7-43,7).

Les déportés de l’aristocratie et du clergé commencèrent une nouvelle vie, en compagnie du roi davidique exilé, Joiakîn – de préférence à l’aveugle Sédécias, disgracié.

I.              Retour d’exil… sous domination perse (538-332 av. J.-C.) (Jr ; Ez ; Isaïe ; Esd ; Néhémie)

En 539 av. J.-C., le puissant empire babylonien s’effondre et tombe aux mains des Perses. Durant sa première année de règne, Cyrus, fondateur de l’empire perse, passe un décret en faveur de la restauration de Juda et du Temple (Esd 1,2-3).

Un chef des exilés nommé Sheshbaççar, que le livre d’Esdras (1,8) appelle « le prince de Juda » dirige le premier groupe de ceux qui reprennent le chemin de Sion. Ils transportent avec eux les trésors du Temple pris par Nabuchodonosor à Jérusalem. Ils s’installent sur leur ancien territoire et posent les fondations d’un nouveau Temple. Quelques années plus tard, une deuxième vague d’exilés revient à Jérusalem. Conduits par Josué, fils de Yoçadaq, et par Zorobabel, petit-fils de Joiakîn, construisent un autel pour y offrir des holocaustes et célébrer la fête des Cabanes (Esd 3,11-13).

Les gens de Samarie – citoyens de l’ex-royaume du Nord et populations déplacées par les Assyriens qui les avaient installées – apprennent la nouvelle de la construction du Second Temple. Ils viennent trouver Zorobabel pour lui demander de leur permettre de participer à ce travail. Mais Josué, le prêtre, et Zorobabel renvoient les Nordistes (Esd 4,3). A l’évidence, la faction qui a survécu à l’exil estime qu’elle possède, à présent, le droit divin de décider de l’orthodoxie judéenne.

Furieux, le « peuple du pays » tente de saboter le travail. Ils écrivent au roi de Perse, en accusant les Juifs de « rebâtir la ville rebelle et perverse » (Esd 4,12-16). A la lecture de cette lettre, le roi de Perse ordonne l’arrêt des travaux à Jérusalem.

Faisant la sourde oreille, Zorobabel et Josué poursuivent les travaux. Le gouverneur écrit alors au nouveau souverain, Darius. Celui-ci lui ordonne non seulement de permettre au travail de se poursuivre sans obstruction, mais aussi de payer les dépenses sur les revenus de l’Etat. La construction du Temple se termine en 516 av. J.-C.

Commence alors une période sombre d’un demi-siècle, jusqu’à l’arrivée à Jérusalem du scribe Esdras, de la famille du grand prêtre Aaron, revenu de Babylon probablement en 458 av. J.-C. (Esd 7,6.10). Esdras est délégué par Artaxerxès, roi de Perse, pour enquêter sur Juda et Jérusalem. Celui-ci, stupéfait, découvre que le peuple d’Israël, y compris les prêtres et les lévites, partage les abominations de ses voisins.

Esdras ordonne à tous ceux qui sont revenus de se rassembler à Jérusalem et à présent de rendre grâce à Yahvé (Esd 10,9-16).

Esdras – l’un des personnages les plus influents des temps bibliques – disparaît alors de la scène.

Le second héros de l’époque s’appelle Néhémie, l’échanson d’Artaxerxès, le souverain perse. Néhémie entend parler de la misère qui frappe les habitants de Juda et du triste état de délabrement dans lequel se trouve encore Jérusalem. Le souverain perse le nomme gouverneur de la ville. Peu après son arrivée, aux environs de l’an 445 av. J.-C., Néhémie accomplit une inspection nocturne de la cité, puis il convie le peuple à participer à un grand effort collectif pour reconstruire les remparts de Jérusalem. Mais quand les voisins de Juda – les dirigeants de Samarie et d’Amon, et les Arabes du Sud – apprennent que Néhémie fortifie Jérusalem, ils accusent les Juifs de préparer une révolte contre les autorités perses et se préparent à attaquer la cité. Néanmoins, le travail sur les remparts se poursuit.

Les mesures prises par Esdras et Néhémie dans la Jérusalem du Vème siècle av. J.-C. jetèrent les fondations du judaïsme du Second Temple.

 [In La Bible dévoilée, Israël Finkelstein & Neil Asher Silberman, p. 440 à 446  – filio127histoire]

La fin de la période perse en Palestine reste assez obscure. A la fin du long règne d’Artaxerxès II Mnémon (404-359), le contexte international évolua rapidement et fut d’abord marqué par la révolte des régions de l’ouest avec l’appui de l’Egypte (367-342). Mais en 333, après avoir battu le gros de l’armée perse à Issos, Alexandre le Grand assiégea Tyr qui fut réduite après un siège de sept mois (déc. 333-juil. 332). C’est probablement pendant ce siège qu’il prit possession de la Samarie et de la Judée (332).

II.             Le peuple hébreu… sous domination hellénistique (332-142 av. J.-C.)

Les deux provinces de Samarie et de Judée semblent s’être rapidement ralliées à Alexandre le Grand. A sa mort en 323 av. J.-C., une période de guerres civiles entre ces anciens généraux qui prétendent à sa succession s’en suit, dites « les guerres des Diadoques » (323-281 av. J.-C.).

De 285 à 200 av. J.-C., la Palestine resta au pouvoir des Lagides (nom tiré d’un général d’Alexandre) d’Egypte, qui subit dès lors une forte hellénisation par un brassage de la population. Cette hellénisation semble avoir été moins forte à Jérusalem où le grand-prêtre était désormais la seule autorité représentative de la tradition juive.

La Palestine va être ballotée d’un camp à l’autre et dévastée à chaque passage des armées. Sa conquête par Antiochus III y répandit l’emploi de l’ère des Séleucides (200-167 av. J.-C.).

Après la destruction, il fallut reconstruire. Antiochus confirma la validité de la Loi pour les Juifs, favorisa la restauration du Temple et libéra les habitants qui avaient été réduits en esclavage. Antiochus voulut alors s’opposer à l’expansion romaine en Grèce et en Macédoine. Mais il est défait et s’engagea à verser de très lourdes indemnités de guerre réparties sur douze ans.

Le règne de Séleucus IV Philopator (187-175 av. J.-C.) fut dominé par les problèmes financiers liés à la dette à verser aux Romains. C’est dans ce contexte que se situe l’histoire d’Héliodore racontée en 2M 3. Séleucus IV envoya son Premier ministre Héliodore inspecter et confisquer le trésor du temple de Jérusalem. Face au refus du grand-prêtre Onias III, Héliodore s’entend avec celui-ci afin de renverser Séleucus IV qu’il assassine en 175.

Le fils de Séleucus IV, Démétrius, étant gardé comme otage à Rome, le frère de Séleucus, Antiochus IV Epiphane, prit le pouvoir à Antioche (175-164 av. J.-C.). Onias III, encore présent à Antioche, est alors supplanté par son frère Jason qui promit de grosses sommes d’argent sous la condition que le roi le soutienne dans sa politique d’hellénisation de la Judée. Jérusalem devint ainsi, pour quelques années, une cité hellénistique rebaptisée « Antioche ». Le décrit d’Antiochus III accordant aux Juifs le respect de leur Loi et l’exemption de taxe fut aboli. Le pontificat de Jason dura trois ans (2M 4,21 et suivants).

Pendant la campagne d’Antiochus IV en Egypte (170/169) et sur une fausse rumeur de sa mort, Jason s’empare de Jérusalem et s’y livre à des massacres d’opposants. Apprenant cette révolte, Antiochus IV quitte l’Egypte et marche sur Jérusalem. Jason s’enfuit et meurt. Antiochus massacre une partie de la population de Jérusalem (automne 169) et s’empare du trésor du Temple et des vases sacrés.

Lors d’une deuxième campagne en Egypte, au printemps 168, Antiochus est obligé de se retirer devant les menaces de déclaration de guerre du général romain Popillis Laenas. A son retour, Antiochus décrète une hellénisation systématique de la Judée et de la Samarie. Jérusalem est pillé. Le temple est dédié à Zeus Olympien. La mort est décrétée contre quiconque observerait les coutumes israélites (1M 1,41-53 ; 2M 6,1-9). Les livres de la Loi sont brûlés (1M 1,56).

Cette hellénisation systématique fut, en partie, acceptée et tournée habilement par les Samaritains qui demandèrent à ne pas y être soumis, car ils étaient des « Sidoniens à Sichem », ce qui leur fut accordé par Antiochus en 166. Les décrets anti-israélites semblent avoir été appliqués sans trop d’opposition en Galilée et en Galaad ; mais de façon plus réservée en Judée et à Jérusalem (1M 1,43-52). Beaucoup de gens du peuple acceptèrent par la force, pour survivre ; d’autres se retirèrent à la campagne ou se cachèrent dans des grottes pour observer la Loi en secret (1M 1,53) ; un certain nombre de juifs furent arrêtés et exécutés (2M 6,8-7, 42) ; d’autres enfin se révoltèrent et prirent le maquis.

Avec ces cinq fils, Mattathias l’Hasmonéen, prêtre de la descendance de Yôarib, refusa de sacrifier devant les envoyés du roi. En égorgeant un Juif qui allait célébrer un sacrifice païen et en tuant l’envoyé du roi, il donna le signal de la récolte (1M 2).

A la mort de Mattathias (166/165) son fils aîné Simon devint le chef politique de la révolte tandis que Judas, surnommé « Maccabée », en fut le chef militaire. Après vingt-cinq ans de luttes pratiquement ininterrompues, le peuple juif retrouvait son indépendance politique.

Le titre de « grand-prêtre », puis de « roi », qu’allaient bientôt assumer les Hasmonéens ne descendant ni de Sadoq, ni de David, n’allaient pas tarder à provoquer des réactions divergentes au sein du groupe des Assidéens (révoltés).

III.           La restauration du royaume… sous domination romaine (142 av. J.-C.-66 ap. J.-C.)

Simon ne prit pas le titre de « roi » mais de « grand-prêtre » (archiéreus), « chef militaire » (stratégos) et « chef politique » (hégouménos) (1M 14,41.47). Les Romains reconnurent officiellement les Juifs comme leurs alliés et amis (1M 14,16-24 ; 15,15-24). L’ethnarcat de Simon (142-134 av. J.-C.) fut généralement pacifique (1M 14,4 et suivant) bien qu’assassiné lors d’une tentative de coup d’état.

Les débuts de l’ethnarcat de son fils Jean Hyrcan (134-104 av. J.-C.) furent difficiles. Antiochus VII mis le siège devant Jérusalem (132 av. J.-C.). Profitant de rivalités internes aux Séleucides, Jean Hyrcan s’empare de Madaba et du territoire Moabite et se tourne ensuite contre l’Idumée et la Samarie où il détruit le temple du mont Garizim (111). Les Samaritains affamés font appel à Antiochus IX. Après un siège d’un an, Jean Hyrcan s’empare de Samarie qu’il rase complètement marquant la rupture définitive des Juifs et des Samaritains qui se considèrent désormais comme des ennemis héréditaires.

Simon s’était appuyé sur les Pharisiens. Mais ces derniers critiquèrent le sacerdoce de Jean Hyrcan qui se rallia dès lors aux positions des Sadducéens.

A la mort d’Hyrcan, en 104, son fils aîné Judas, appelé Aristobule, se fit proclamer « roi ». Il ne régna qu’un an.

Son frère, Alexandre Jannée (103-76) lui succéda et mena son pays avec une poigne de fer. Il portait le double titre de « roi » et de « grand-prêtre ». Révoltes et massacres se succèdent pendant six ans (93-88) faisant 50000 morts.

Vers la fin du règne d’Alexandre Jannée, le royaume hasmonéen comprend la Judée, l’Idumée, la plaine philistine et celle de Sharon, la Samarie, la Galilée jusqu’au mont Thabor, le plateau de Golân, la Galaaditide et la Moabitide. Dans tous les territoires conquis, le roi a imposé la circoncision et le Loi juive.

A sa mort, sa femme Alexandra assume le pouvoir (76-67) et confie la charge de grand-prêtre à son fils Hyrcan II. Elle se réconcilie avec les Pharisiens ; les prisonniers sont libérés. A la mort d’Alexandra, Hyrcan II resta « grand-prête » et son frère, devient le roi Aristobule II (67-63). Mais l’homme fort du parti d’Hyrcan, le gouverneur de l’Idumée Antipater, n’accepte pas cet accord. A la tête de cette armée, il défait Aristobule qui s’enferme dans Jérusalem.

Lorsque Pompée arrive à Damas (printemps 63 av. J.-C.), chacun des deux frères essaie de le gagner à sa cause. Hyrcan et Antipater l’emportent. Pompée pénètre dans le Saint des Saints. Hyrcan est rétabli dans ses fonctions d’ethnarque. C’en est fini de l’indépendance du royaume hasmonéen.

En 49 éclate la guerre civile entre César et Pompée. Après la bataille de Pharsale et la mort de Pompée (48 av. J.-C.), Hyrcan II et Antipater se rallient à César.

Antipater, devenu procurateur de la Judée, nomme bientôt son fils aîné Phasaël stratège de Jérusalem et son fils cadet Hérode stratège de Galilée.

Après le meurtre de César (15 mars 44), Antipater et Hérode se rallient au gouverneur de Syrie, Caecilius Bassus, ex-partisan de Pompée. Antipater meurt assassiné.

Le départ de Cassius de Syrie (42) entraîne une série de troubles. Antoine, nomme Phasaël et Hérode tétrarques chargés de l’administration de la Judée.

Après le suicide de Phasaël, Antoine et Octave proclament Hérode roi de Judée. Au printemps 37, Hérode et les légions de Sossius s’emparent de Jérusalem. Antoine fait exécuter Antigone. Avec cette exécution se termine le règne du dernier Hasmonéen.

Hérode comprit qu’il ne pouvait devenir et rester roi que s’il gardait l’appui des Romains et l’amitié de leurs chefs.

Celui-ci se lance alors dans de grands travaux de construction qui sont une des gloires de son règne. Il rebâtie le Temple (vers 20/19), dont il fit un des plus grands et l’un des plus beaux monuments de cette époque.

S’inspirant de la culture de son temps, Hérode s’entoura d’hellénistes renommés. Vers le tournant de notre ère, trois langues étaient d’ailleurs couramment utilisées en Palestine : l’hébreu, l’araméen et le grec, sans compter le latin utilisé pour quelques documents officiels et dans l’armée.

La succession d’Hérode s’ouvre sur divers troubles. A quelques modifications près, le testament d’Hérode fut confirmé par Auguste.

Le royaume d’Hérode fut donc essentiellement divisé en trois tétrarchies :

-       Philippe, tétrarque de Batanée, Trachonitide et Auranitide (4 av. J.-C. – 34 ap. J.-C.) ;

-       Hérode Antipas tétrarque de Galilée et de Pérée  (4 av. J.-C. – 39 ap. J.-C.) ;

-       Archélaüs ethnarque de Judée, Samarie et Idumée (4 av. J.-C. – 6 ap. J.-C.) puis sous l’administration des préfets romains jusqu’en 41.

Après une vie aventureuse, le fils d’Aristobule et le petit-fils d’Hérode, Agrippa, réussit à gagner la faveur de Caligula qui, dès son accession au pouvoir, lui accorda l’ancienne tétrarchie de Philippe (37), puis, un peu après (40), la tétrarchie d’Hérode Antipas. Présent à Rome lors de l’assassinat de Caligula, il soutint l’accession au pouvoir de Claude et ce dernier lui accorda la Judée et la Samarie. Hérode Agrippa 1er régna ainsi sur le même territoire que son grand-père Hérode le Grand.

Durant son court règne, Agrippa s’appuya sur les Pharisiens et la Mishnah. Finalement Agrippa mourut à Césarée (44), laissant un fils de 17 ans, le futur Agrippa II. L’empereur Claude plaça la Palestine sous un procurateur romain.

L’administration directe de procurateurs (44-66) qui ne connaissaient rien aux coutumes juives et ne cherchaient souvent qu’à s’enrichir entraîna de nombreuses maladresses et provocations, causes immédiates de révoltes et finalement de la guerre juive.

La guerre débuta en 66. Elle se termina en 70 par la destruction du « second Temple » qui marque la fin de l’Etat hébreu à l’époque ancienne. La Judée devint une province romaine distincte de la Syrie.
[In Histoire du peuple hébreu, André Lemaire, p. 73 ; 78 à 123  – P.U.F. Que sais-je ?]