Chapitre 7: Le royaume de Juda face à son destin (931-586 av. J.-C.)


(1er Livre des Rois 14,21 et suivants ;  2ème Livre des Rois ; 2ème Livre des Chroniques 10 à 36)


Au lendemain des règnes glorieux de David et de Salomon, sous lesquels Jérusalem gouvernait un Israël unifié qui baignait dans une prospérité et une puissance sans précédent, les tribus des hautes terres du Nord et de la Galilée font sécession. Suivent deux cents ans de division qui opposent Israël, au nord, à celui de Juda, au sud. Après la destruction d’Israël, le royaume de Juda se retrouva soudain seul, cerné par un monde non israélite.

I.              Juda « fit ce qui déplaît à Yahvé » (931-911 av. J.-C.) (1R 14,21 à 15,8)
Dès le règne de Roboam, fils et successeur de Salomon, Juda « fit ce qui déplaît à Yahvé ». A l’instar des nations voisines, dont il imite les pratiques, le peuple se construit des « hauts lieux » et fait ses dévotions « sur toute collines élevée » (1R 14,22-24). Le châtiment ne tarde pas à venir. Durant la cinquième année du règne de Roboam (926 av. J.-C.), le pharaon Shéshonq 1er investit Jérusalem et prélève un lourd tribut sur le trésor du Temple et le palais des rois davidiques (1R 14,25-26). Le fils de Roboam, Abiyyam, ne retient pas la leçon, car « il imita les péchés que son père avait commis avant lui et son cœur ne fut pas tout entier à Yahvé son Dieu » (1R 15,3). Les malheurs de Juda se poursuivent, ponctués de conflits intermittents avec les armées du royaume d’Israël.
II.             Juda « fit ce qui est juste aux yeux de Yahvé, comme son ancêtre David » (911-846 av. J.-C.) (1R 15,8-24 ; 22,41-51) 
La situation s’améliore sous le roi Asa, dont le règne, qui durera quarante et un ans, débute vers la fin du Xème siècle av. J.-C. Asa, nous dit-on « fit ce qui est juste aux yeux de Yahvé, comme son ancêtre David » (1R 15,11). En récompense, Jérusalem est protégée contre l’assaut mené par Basha, le roi d’Israël. Asa ayant appelé à son secours le roi d’Aram-Damas, celui-ci attaque la frontière nord d’Israël, ce qui contraint Basha à retirer les troupes qui assiègent Jérusalem.
Le roi suivant, Josaphat (premier monarque hébreu à porter un nom composé à partir de l’appellation divine de YHWH : Yeho + shaphat = « YHWH a jugé »), sera lui aussi bien noté, car il marche dans les pas de son dévot père, Asa. Son règne sur Jérusalem durera vingt-cinq ans, pendant la première moitié du IXème siècle. Il fait la paix avec le royaume d’Israël, avec lequel il formera même plusieurs alliances pour mener des offensives victorieuses contre Aram et contre Moab.
III.           La domination d’Israël et la restauration de l’indépendance de Juda (846-798 av. J.-C.) (2R 8,16 et suivants ; 9,14 à 10,17 ; 11 ; 12,1-17)
Le point le plus bas sera atteint par Juda lorsque Joram, fils de Josaphat, contracte une alliance matrimoniale avec la famille impie d’Achab et Jézabel. Evidemment, le désastre s’ensuit : Edom (un vassal de longue date de Juda) se révolte et Juda perd les riches territoires agricoles de la Shefelah occidentale. Bien pires seront les répercussions sanglantes de la chute des Omrides, qui secoueront le palais royal de Jérusalem. Ochozias – fils de Joram et de la princesse omride Athalie – est tué pendant le coup d’état de Jéhu. De retour à Jérusalem, apprenant le sort que Jéhu avait fait subir à son fils et à sa famille, Athalie ordonne la mise à mort de tous les descendants de la maison de David et s’empare du trône. Yehoyada, grand prêtre du Temple, patiente pendant six ans. Au moment propice, il annonce publiquement qu’un héritier de David a été sauvé du massacre. Il produit alors Joas, le fils rescapé du roi Ochozias. Joas est désigné comme roi davidique légitime et Athalie est tuée. Avec elle se termine la période d’influence du royaume du Nord sur celui du Sud, durant laquelle le culte de Baal avait été introduit à Jérusalem (2R 11,18).
Joas, dont le règne sur Jérusalem dura quarante ans, « fit ce qui est agréable à Yahvé, pendant toute sa vie » (2R 12,2). Son action la plus importante fut la rénovation du Temple. Durant son règne, Hazaël, le roi d’Aram-Damas, menace Jérusalem. Le souverain judéen lui octroie un lourd tribut en échange de la levée du siège devant la cité (2R 12,18-19). Le sort de la capitale du Sud est très enviable comparé aux ravages commis par Hazaël dans le royaume du Nord.
IV.           En attendant Ezéchias (798-727 av. J.-C.) (2R 14,1-22 ; 15,1-7 ; 15,32 à 16)
 L’alternance de bons et de mauvais rois se poursuit. Amasias, un roi à la vertu plutôt modérée, qui « fit ce qui est agréable à Yahvé, non pas pourtant comme son ancêtre David » (2R 14,3), mène une guerre victorieuse contre Edom ; mais il est défait et capturé par les armées du royaume d’Israël, qui envahissent le territoire de Juda et jettent à bas les remparts de Jérusalem. L’histoire se poursuit avec le règne du vertueux Ozias, qui élargira les frontières vers le sud, puis celui de son fils Yotam.
L’affaire se corse avec la mort de Yotam et le couronnement d’Achaz (743-727 av. J.-C.). La Bible juge ce malheureux Achaz avec une sévérité inhabituelle : le reproche qui lui est fait dépasse de loi l’accusation d’apostasie (2R 16,2-4).
Un désastre s’ensuit. Les turbulents Edomites s’emparent d’Eilat ; Raçôn, le puissant roi de Damas, avec son allié Péqah, roi d’Israël, déclarent la guerre à Juda ; leurs armées coalisées assiègent Jérusalem. Le dos au mur, Achaz implore l’aide du roi d’Assyrie, Téglath-Phalasar III, en lui offrant des présents en provenance du Temple : « le roi d’Assyrie l’exauça (…) » (2R 16,9). Juda vient donc d’être temporairement protégé grâce au stratagème astucieux d’un roi impie, qui a mendié l’intervention du puissant empire assyrien.
V.            Ezéchias et la restauration de la sainteté perdue de Juda (727-639 av. J.-C.) (2R 18 à 21)
Le moment est mûr pour qu’un changement religieux de grande envergure se produise. Le cycle perpétuel de l’apostasie, de la punition et du repentir va enfin être brisé. Ezéchias, fils d’Achaz, qui règnera à Jérusalem pendant vingt-neuf ans, entreprend une profonde réforme religieuse dans le but de restaurer la pureté et la fidélité à YHWH, oubliées depuis les jours du roi David. Les hauts lieux – ou autels de plein air – étaient l’une des manifestations les plus populaires du culte pratiqué dans les campagnes de Juda ; même les plus vertueux des rois n’avaient pas osé s’en prendre à eux. Ezéchias sera le premier à oser s’en prendre à eux ainsi qu’à tout ce qui s’apparente à une vénération idolâtre (2R 18,3-7).
En 705 av. J.-C., après la mort de Sargon II, les capacités de contrôle de l’empire assyrien sur ses territoires éloignés semblent s’amoindrir. Juda en profite pour fomenter une coalition anti-assyrienne, soutenue par l’Egypte (2R 18,21 ; 19,9). Quatre ans plus tard, en 701 av. J.-C., le nouveau roi assyrien, Sennachérib, marche sur Juda à la tête d’une gigantesque armée.
Les généraux assyriens qui assiègent Jérusalem défient les défenseurs perplexes qui se tiennent sur les remparts de la ville, les narguent et tentent de leur briser le moral en contestant la sagacité d’Ezéchias et en ridiculisant leur foi (2R 18,28-35). Ezéchias s’effondre, mais le prophète Isaïe le rassure par un oracle divin (2R 19,6-7.32-34). En effet, une délivrance miraculeuse intervient la nuit suivante (2R 19,35-37).
Grâce à la piété d’Ezéchias, les Assyriens se retirent de Juda sans avoir pu conquérir Jérusalem.
Mais peu après, l’histoire se gâte avec l’accession du fils d’Ezéchias, Manassé (698-642), au trône de David. Alors que le pouvoir de YHWH aurait dû éclater aux yeux du peuple de Juda, le nouveau roi Manassé lui fait faire un demi-tour théologique radical (2R 21,2-6). Son fils, Amôn (641-640), « suivit exactement le chemin que son père avait suivi » (2R 21,21).
VI.           La grande réforme de Josias (639-609 av. J.-C.) (2R 22 à 23-30)
Cet épisode – d’une importance capitale – de la vie politique et spirituellement de Juda débute en l’an 639 av. J.-C. par le couronnement du jeune prince Josias. Celui-ci se comporte comme le fidèle et digne successeur de David (2R 22,2).
D’après la Bible, sa piété incite Josias à prendre une initiative décisive : la rénovation du Temple. Durant les travaux de rénovation, un document étonnant fait surface, découvert par le grand prêtre dans les combles du Temple. L’effet en sera déterminant, car il révèle, de façon soudaine et choquante, combien le culte traditionnel de YHWH, tel que Juda le pratiquait jusqu’alors, était erroné.
Sans hésiter, Josias rassemble le peuple de Juda, pour qu’il prête serment solennel de se consacrer entièrement aux commandements divins (2R 23,2-3).
Alors, pour débarrasser le culte de YHWH des scories qui l’encombraient, Josias initie la réforme la plus radicale et la plus puritaine de l’histoire de Juda. Il s’en prend en premier lieux aux rites idolâtres pratiqués à l’intérieur du Temple même de Jérusalem (2R 23,4-7).
Il démolit les sanctuaires dédiés aux cultes étrangers, en particulier ceux qui étaient établis à Jérusalem et qui jouissaient d’un patronage royal aussi ancien que celui de Salomon (2R 23,10-14).
Josias met également fin aux cultes rendus par les prêtres ruraux qui accomplissaient leurs rites sur les hauts lieux et les sanctuaires répartis dans les campagnes (2R 23,8).
Josias règle tous les vieux comptes, l’un après l’autre. Le suivant sera la faute impie de Jéroboam 1er, l’autel idolâtre de Béthel, où Josias accomplira la prédiction biblique, qui affirmait qu’un jour, un roi vertueux du nom de Josias présiderait à sa destruction (2R 23,15-18). Mais Josias ne s’arrête pas à Béthel. L’épuration se poursuit plus loin vers le nord (2R 23,19-20). Tout en combattant l’idolâtrie, Josias institue les grandes fêtes religieuses nationales (2R 23,21-23).
Enfin, après des siècles d’impiété, Josias s’est levé pour racheter les fautes passées.
VII.          La déportation de Juda (609-538 av. J.-C.) (2R 23-31 à 25-21)
Après la mort de Josias, le vaste mouvement de réforme s’effondra. Les quatre derniers rois de Juda – trois d’entre eux sont les fils de Josias – ne méritent, d’après la Bible, qu’un jugement négatif
Joachaz, fils et successeur de Josias, apparemment hostile à l’Egypte, ne règne que trois mois. Il rétablit les coutumes idolâtres des anciens rois de Juda. Déposé et exilé par le pharaon Neko II, il est remplacé par son frère Joiaquim qui, lui aussi, « fit ce qui déplaît à Yahvé », et ajoute l’outrage à l’impiété en prélevant un tribut sur le peuple pour le remettre à son suzerain, le pharaon Neko II.
Mais, en Mésopotamie, le pouvoir des Babyloniens ne cesse de grandir. En 605 av. J.-C., le prince héritier de Babylone, connu plus tard sous le nom de Nabuchodonosor, écrase l’armée égyptienne à Karkémish, en Syrie (Jr 46,2). Cette défaite sonne le glas de l’empire assyrien ; Nabuchodonosor, devenu roi de Babylone, peut étendre son contrôle sur les terres d’occident.
Les forces babyloniennes dévastent les riches cités philistines. Le piège se referme sur Jérusalem. Le pillage et la dévastation complète de Juda est l’objectif avoué des Babyloniens. Après la mort subite de Joiaquim (598), son fils Joiakîm doit affronter la puissance terrifiante de l’armée d’invasion (2R 24,10-16).
L’aristocratie et le clergé de Jérusalem furent exilés. Ils laissaient derrière eux une maison royale totalement désemparée et de plus en plus déchirée par des conflits internes.
Mais ce n’est qu’une première étape avant le démembrement complet de Juda. En 587 av. J.-C., Nabuchodonosor marche sur Juda en tête d’une formidable armée et met le siège devant Jérusalem. C’est le début de la fin.
Les villes provinciales de Juda tombent l’une après l’autre. Il ne reste plus que Jérusalem. La description biblique des dernières heures de la capitale est terrifiante (2R 25,3-7)
Un mois plus tard, environ, le rideau retombe sur le dernier acte de la tragédie (2R 25,8-11).
Le dernier souverain, Sédécias, d’une dynastie qui régnait depuis des siècles est emprisonné et torturé à Babylone. Ses fils sont tous assassinés. Le Temple de Jérusalem est détruit.
[In La Bible dévoilée, Israël Finkelstein & Neil Asher Silberman, p. 347 à 350; 375 à 379 et 407 ; 410 à 415 ; 433 à 438 – filio127histoire]



Quelle a été l'ampleur de la déportation à Babylone ?




Ce que dit la Bible
Les textes ne convergent pas. 2 Rois 24 parle de 7 000 à 10 000 personnes pour la première déportation, et suggère qu'ensuite toute la population de Juda a été exilée. Jérémie 52 parle de trois déportations successives de 3023, 832 et 745 personnes.
Ce que dit l'historien
Les chiffres du livre de Jérémie semblent plus plausibles. 5 à 25 % des Juifs de Juda auraient été déportés. Juda n'était pas vidé de sa population à l'époque babylonienne : le mythe du pays vide est une invention de certains déportés pour prouver que le « vrai Israël » se trouvait en exil.


[Publié le 1 novembre 2008 - Le Monde des Religions n°32]