Chapitre 6: Israël, le royaume du Nord (931-722 av. J.-C.)


(1er Livre des Rois 12,25 et suivants ;2ème Livre des Rois 1 à 17)



Au lendemain des règnes glorieux de David et de Salomon, sous lesquels Jérusalem gouvernait un Israël unifié qui baignait dans une prospérité et une puissance sans précédent, les tribus des hautes terres du Nord et de la Galilée font sécession. Suivent deux cents ans de division qui opposent Israël, au nord, à celui de Juda, au sud. C’est l’histoire d’une division tragique, marquée, au nord, par la violence et l’idolâtrie. Les populations du Nord subiront le châtiment ultime : la destruction de l’Etat et l’exil des dix tribus septentrionales.

I.              Jéroboam 1er, roi d’Israël (931-909 av. J.-C) (1R 12,25 à 14,20)

La première capitale du royaume du Nord est établie à Tirça, située au nord-est de Sichem. Le nouveau roi nordiste, Jéroboam 1er, décide de construire des sanctuaires qui rivaliseront avec le Temple de Jérusalem ; il fait couler deux veaux d’or, qu’il placera dans des sanctuaires aux extrémités nord et sud du royaume, à Béthel et à Dan.

Alors que Jéroboam prépare à officier au sanctuaire de Béthel, lors d’une fête automnale, destinée sans doute à divertir l’attention des pèlerins des célébrations concurrentes de Jérusalem, se présente à lui un personnage prophétique, que la Bible se contente de nous présenter comme un « homme de Dieu » (1R 13,1-2). La prédiction de cet « homme de Dieu » révèle le nom du roi de Juda qui, trois siècles plus tard, va démolir le sanctuaire, tuer ses prêtres et souiller l’autel avec leurs restes humains. La prédiction impressionne fortement Jéroboam ; peu après, son fils Abiyya tombe malade. La femme de Jéroboam 1er se rend en hâte à l’ancien culte de Silo pour s’entretenir avec le prophète Ahiyya – celui-là même qui avait prédit que Jéroboam 1er allait bientôt régner sur les dix tribus du Nord. Loin d’apaiser l’inquiétude de la mère, Ahiyya lui fait une autre prédiction, terrifiante (1R 14,7-16) : « (…) j’(YHWH) exterminerai tous les mâles de la famille de Jéroboam (…) ».

II.             L’accomplissement de la prophétie (909-884 av. J.-C.) (1R 15,25 à 16,22)

A l’issue des vingt-deux années de règne de Jéroboam 1er, son fils Nabab, qui lui avait succédé, est renversé par un coup d’état militaire au cours duquel tous les membres de la maison de Jéroboam sont massacrés – ce qui accomplit la prédiction du prophète Ahiyya. Basha, le nouveau roi, probablement un ex-officier de l’armée, fait aussitôt montre d’ardeur belliqueuse en déclarant la guerre au royaume de Juda et en marchant avec ses troupes contre Jérusalem. Mais l’invasion de son propre royaume par le roi de Damas, Ben-Hadad, le contraint à relâcher la pression sur le royaume du Sud.

Peu après la mort de Basha, son fils, Ela, est déposé par un nouveau coup d’état, au cours duquel ce sera au tour de la maison de Basha d’être annihilée (1R 16,8-11). Mais le règne du chef rebelle Zimri, un commandant de chars, ne durera que sept jours. En effet, le peuple d’Israël se soulève et proclame Omri commandant en chef des armées, roi d’Israël. Le siège de Tirça et le suicide de Zimri, l’usurpateur, dans l’incendie du palais royal, accordent l’avantage à Omri et lui permettent de fonder une dynastie qui sera destinée à régner sur le royaume du Nord pendant les quarante ans qui suivent.

III.           Ascension et chute des Omrides (884-842 av. J.-C.) (1R 16,23 à 22,40 ; 1R 22,52 et suivants ; 2R 1 à 9)   

Durant les douze années de son règne, Omri se construit une nouvelle capitale à Samarie et consolide les fondements de sa dynastie.

 Son fils Achab montera sur le trône et règnera sur Israël pendant vingt-deux ans. Sa célèbre épouse, Jézabel, qui l’induit à l’apostasie (1R 16,30-33), non contente de soutenir le clergé païen de Samarie et de convier à sa table royale « quatre cent cinquante prophètes de Baal et quatre cents prophètes d’Achéra », ordonne que tous les prophètes de YHWH présents dans le royaume d’Israël soient tués.

Le prophète Elie défie Achab et lui ordonne de rassembler tous les prophètes de Baal et d’Achéra qui « mangent à la table de Jézabel » sur le mont Carmel pour une compétition de pouvoir sacré. A cet endroit, devant « tout le peuple », chaque adversaire construit un autel à son dieu pour y sacrifier un taureau, en implorant sa déité de consumer l’offrande par le feu. Alors que Baal ne répond pas aux implorations de ses partisans, YHWH envoie immédiatement une puissante flamme du ciel qui consume l’offrande d’Elie. Stupéfaits, les spectateurs tombent la face contre terre, en s’écriant : « C’est Yahvé qui est Dieu ! » Ils se jettent alors sur les prophètes de Baal qu’ils égorgent près du torrent de Qishôn.

Elie s’enfuit dans le désert pour échapper à la fureur de Jézabel. Atteignant les hauteurs désolées de l’Horeb, la montagne de Dieu, il y reçoit l’oracle divin. S’adressant directement à Elie, YHWH lui prédit la fin de la maison d’Omri. YHWH ordonne à Elie d’oindre Hazaël comme roi d’Aram-Damas, rival acharné du royaume du Nord. Il lui ordonne également d’oindre Jéhu, le chef de l’armée d’Achab, comme roi d’Israël. Il lui ordonne enfin de nommer, à sa place, Elisée comme prophète. Ces trois commandements, d’après YHWH, suffiront à punir la maison d’Omri de ses crimes, car « celui qui échappera à l’épée d’Hazaël, Jéhu le fera mourir, et celui qui échappera à l’épée de Jéhu, Elisée le fera mourir » (1R 19,17).

Pourtant, YHWH accordera une deuxième chance au royaume du Nord, en secourant Israël lors de l’invasion du pays par Ben-Hadad, le roi d’Aram-Damas, qui assiège la Samarie. Il accordera à Israël une troisième chance, lorsque, l’année suivante, il donnera à Achab la victoire sur Ben-Hadad, dans une bataille près de la mer de Galilée. Malheureusement, Achab se montrera indigne de l’aide divine. En effet, il épargne la vie de son ennemi en échange de bénéfices temporels. Un prophète informe Achab qu’il paiera de sa vie pour n’avoir pas obéi au commandement de YHWH de supprimer Ben-Haddad.

Nouveau péché du couple royal. Un homme du nom de Nabot possède une vigne à proximité du palais d’Achab, à Jezréel ; ce vignoble contrarie les plans d’agrandissement d’Achab. Désireux de l’acquérir, le roi offre à Nabot deux solutions de paiement : soit il lui échange sa vigne contre une meilleure, soit il le paye en argent. Nabot, qui ne veut pas se séparer de son héritage familial, refuse tout net. Jézabel répand la rumeur que Nabot a blasphémé : le peuple lapide Nabot, sous le regard réjoui de la reine. A peine Achab prend-il possession du vignoble que le prophète Elie fait de nouveau son apparition. Sa prédiction est terrifiante (1R 21,19-24) : « (…) je (YHWH) balayerai ta race, j’exterminerai les mâle de la famille d’Achab (…) ».

C’est l’époque où les royaumes d’Israël et de Juda ont conclu une alliance : Josaphat, le roi de Juda, a joint ses forces à celles d’Achab pour combattre Aram-Damas à Ramot de Galaad, sur la rive opposée du Jourdain. Dans le combat, une flèche atteint Achab, qui meurt sur le champ de bataille. On rapporte sa dépouille à Samarie pour l’inhumer. Du sang a coulé au fond de son char de bataille. Au moment où le char est lavé, les chiens lapent le sang, accomplissant ainsi la sombre prédiction d’Elie.

Ochozias, le fils d’Achab, monte sur le trône. Lui aussi déplaît à YHWH. Blessé en tombant « du balcon de sa maison à Samarie », il envoie des messagers pour consulter Baal Zébud, le dieu de la cité philistine d’Eqrôn, sur ses chances de guérison. Elie lui reproche d’avoir fait appel à une idole étrangère plutôt qu’à YHWH et lui annonce sa mort imminente.

Finalement, Joram, le frère d’Ochozias, le quatrième et dernier roi de la dynastie Omrides, monte sur le trône. Mésha, le roi de Moab, vassal de longue date d’Israël, se rebelle. Joram part en campagne contre Moab. Il est secondé par Josaphat, le roi de Juda, et un roi anonyme d’Edom. Elisée, le prophète, leur prédit la victoire uniquement parce que Josaphat, le bon roi de Juda, combat de leur côté. Les Moabites sont donc vaincus et leurs cités détruites par la triple alliance israélo-judéo-édomite.

Mais l’anéantissement prédit des Omrides est imminent. La venue d’Hazaël sur le trône de Damas entame le déclin des succès politiques et militaires de la dynastie. Hazaël défait l’armée d’Israël à Ramot de Galaad, à l’est du Jourdain. Le roi d’Israël, Joram, est grièvement blessé sur le champ de bataille. Elie envoie l’un des fils des prophètes de YHWH oindre Jéhu, le commandement de l’armée, comme roi d’Israël, afin que ce dernier frappe la maison d’Achab. C’est ce qu’il fera. En revenant à son palais de Jezréel pour soigner sa blessure, en compagnie d’Ochozias, roi de Juda, Joram rencontre Jéhu, qui le tue d’une flèche en plein cœur. Ochozias tente d’échapper mais, blessé à son tour, il se réfugie dans la cité voisine de Megiddo, où il décède.

La liquidation totale de la famille d’Achab approche inexorablement. Jéhu pénètre alors dans le palais royal où il ordonne que Jézabel soit défenestrée. Au même moment les fils d’Achab sont massacrés. Ainsi disparaît la dynastie omride. La terrible prédiction d’Elie est accomplie à la lettre.

IV.           Déloyauté, miséricorde, et chute finale d’Israël (842-722 av. J.-C.) (2R 10 ; 13 ; 14,23 et suivants ; 15-8,31 ; 17)

Après la chute des Omrides, le nouveau roi, Jéhu, fils de Nimshi (842-814), ne traita pas Jérusalem avec plus de respect que Jéroboam 1er, Omri et Achab. Jéhu eut beau massacrer la totalité des prophètes, des prêtres et des adorateurs de Baal à Samarie, transformer son temple en latrines publiques (2R 10,18-28), il n’a pas aboli les centres nordistes de culte dont la rivalité défiait la suprématie religieuse de Jérusalem.

Le châtiment ne tardera pas à tomber, comme l’avait prédit le prophète Elie. Cette fois-ci, l’agent destructeur sera Hazaël, le roi d’Aram-Damas, qui défait Israël en Transjordanie et dans les plaines littorales de la Méditerranée, qu’il ravagera en une seule campagne (2R 10,32-33 ; 13,3.7.22). Commence alors une période de déclin pour le royaume du Nord. Pendant toute la durée des règnes de Jéhu et de son fils Joachaz, Israël subit une constante pression d’Aram-Damas. L’armée d’Israël est mise en déroute et le royaume se retrouve amputé de certains territoires. Mais un répit va bientôt être accordé au peuple d’Israël, car « Yahvé leur fit grâce et les prit en pitié » (2R 13,23).

Ainsi, le roi israélite suivant, Joas, qui bénéficie temporairement de la faveur divine, reprend les cités que le royaume avait perdues (2R 13,25). Dès ce moment, la fortune semble sourire de nouveau à Israël – en dépit d’un raid punitif de Joas contre Jérusalem – avec la montée du fils de Joas sur le trône. Là encore, la compassion divine se manifeste, car le fils de Joas, Jéroboam II, régnera paisiblement sur la Samarie pendant les quarante et un ans qui suivront (788-747 av. J.-C.). Ce roi ne se départ pas pour autant des péchés du Jéroboam précédent et conserve les sanctuaires idolâtres du Nord, en dépit des protestations véhémentes des prophètes Amos et Osée.

Mais cette période de bénédiction divine est de courte durée. Dieu avait promis à Jéhu que quatre générations de descendants seulement allaient lui succéder (2R 10,30). C’est ainsi que le fils de Jéroboam II, Zacharie, est assassiné après six mois de règne. Israël se retrouve de nouveau dans la tourmente, déchiré par des luttes intestines et menacé par des pressions extérieures. Le meurtrier, Shallum, est abattu par plus brutal que lui, un certain Menahem, fils de Gadi, qui règne sur Samarie pendant dix ans (747-737 av. J.-C.). C’est alors que Dieu se choisit un nouvel intermédiaire pour châtier le royaume nordiste, entraînant une série d’évènements qui conduiront à sa disparition définitive. Il s’agit du puissant empire assyrien, qui envoie son armée exiger d’Israël un tribu tel qu’il contraint Menahem à lever un impôt sur tous les notables d’Israël de cinquante sicles d’argent par tête (2R 15,19-20).

La pression interne et externe se fait de plus en plus écrasante. Le fils et successeur de Menahem, Peqahya, est assassiné par un officier de l’armée, Péqah, fils de Remalyahu. D’autre part, les Assyriens se satisfont de moins en moins du versement d’un tribut. Ils convoitent les terres fertiles d’Israël (2R 15,29). La Galilée et les vallées du Nord sont conquises (732 av J.-C.). Les habitants sont déportés. La promesse divine, faite à Israël au moment de la conquête de Canaan, d’une jouissance permanente et en toute sécurité de la terre donnée en héritage, est réduite à néant. Le royaume d’Israël se retrouve réduit à la portion congrue des hautes terres qui entourent Samarie, la capitale. Comme si de désastre ne suffisait pas, à son tour, l’usurpateur Péqah est assassiné. C’est le quatrième roi d’Israël qui se fait tuer en à peine quinze ans. Osée, l’assassin et le successeur de Péqah, sera le dernier à régner sur le royaume d’Israël.

Le nœud coulant assyrien se resserre avec la montée au pouvoir de Samanasar V, un nouveau roi très agressif. Osée affiche extérieurement une loyauté indéfectible et offre à Samanasar V un tribut, tout en fomentant un complot secret avec le roi égyptien pour préparer une révolte ouverte. Samanasar V apprend ce qui se trame, il s’empare d’Osée, et envahit ce qui reste du royaume d’Israël. Au terme d’un siège de trois ans, Samarie est prise, en 722 av. J.-C. Salmanasar V « déporta les Israélites en Assyrie » (2R 17,6).

Après avoir exilé les Israélites en Mésopotamie, les Assyriens introduisent de nouveaux colons en Israël (2R 17,24). Voilà les dix tribus nordistes d’Israël dispersées parmi les nations lointaines. Il ne reste plus que le royaume de Juda, avec son Temple et sa dynastie davidique, pour observer fidèlement les commandements de Dieu et racheter la terre d’Israël.
[In La Bible dévoilée, Israël Finkelstein & Neil Asher Silberman, p. 232 ; 234 et 235 ; 254 et 255 ; 262 à 267 ; 299 à 303 – filio127histoire]