Chapitre 5: Une dynastie royale pour Israël


(1er Livre de Samuel 8 et suivants ; 2ème Livre de Samuel ;
1er Livre des Rois 1 à 12,24 ; 1er Livre des Chroniques 10 à 29 ; 2ème Livre des Chroniques 1 à 9)



Israël connaît une crise militaire d’une exceptionnelle gravité. Les anciens réunis chez Samuel, à Rama, au nord de Jérusalem, le prient de choisir un roi pour Israël, « comme toutes les nations ».

I.              Un roi pour Israël : Saül (1025-1005 av. J.-C.) (1S 8 – 15)
Samuel les met en garde contre les dangers de la royauté, dans l’un des passages les plus antimonarchiques de la Bible (1S 8,10-18), mais Dieu lui ordonne de satisfaire la demande du peuple. Dieu lui révèle également son choix : le premier roi d’Israël sera Saül, fils de Qish, de la tribu de Benjamin. Saül est un beau jeune homme et un brave guerrier. Mais ses doutes et son mépris naïf des préceptes divins qui régissent le sacrifice, le partage du butin et d’autres commandements (1S 15,10-26) provoqueront sa chute et son rejet. Ils le conduiront finalement au suicide, sur le mont Gelboé, où les Israélites sont, une fois de plus, mis en déroute.
II.             Ascension de David et déclin de Saül (1S 16 – 31)
Du temps que Saül régnait sur Israël, il ignorait que son successeur avait déjà été choisi. En effet, un beau jour, Dieu avait ordonné à Samuel de se rendre chez Jessé, à Bethléem, en lui disant (1S 16,1) : « Je me suis choisit un roi parmi ses fils ». Ce sera au plus jeune, un beau pâtre aux cheveux roux nommé David, qu’il incombera d’apporter le salut à Israël. En premier lieu, David fait la démonstration éclatante de ses prouesses de guerrier. Les Philistins se sont à nouveau rassemblés pour combattre Israël. Les deux armées se font face dans la vallée du Térébinthe (Elah), dans la Shefelah. Les Philistins possèdent une arme secrète : un guerrier gigantesque, nomme Goliath, qui nargue le Dieu d’Israël et qui défie en combat singulier le champion israélite. La terreur gagne le cœur des hommes de Saül, mais le jeune et intrépide David, que son père a envoyé porter des provisions à ses trois frères aînés qui servent dans les rangs de l’armée de Saül, relève courageusement le défi. Il lance à Goliath : « Tu marches contre moi avec épée, lance et cimeterre, mais moi je marche contre toi au nom de Yahvé ! » (1S 17,45). Prenant un galet dans son sac de berger, David le tire avec sa fronde, atteint Goliath en plein front, qui s’effondre, tué sur le coup. Les Philistins se débandent. David, le nouveau héros d’Israël, se lie d’amitié avec Jonathan, fils de Saül, et épouse Mikal, la fille du roi. David est proclamé le plus grand héros d’Israël, plus grand même que le roi Saül. Les acclamations enthousiastes de ses admirateurs, « Saül a tué ses milliers, et David ses myriades » (1S 18,7), provoquent la jalousie de Saül. Sous peu, David sera contraint de contester l’autorité de Saül et de revendiquer le trône d’Israël.
David échappe à la fureur assassine de Saül et devient le chef d’une bande de hors-la-loi et de mercenaires ; les miséreux, les pauvres gens criblés de dettes trouvent refuge auprès de lui. David et sa bande maraudent sur les contreforts de la Shefelah, dans le désert et dans la zone frontalière méridionale des collines judéennes, hors de portée du centre de pouvoir du royaume, situé au nord de Jérusalem. Au cours d’une bataille contre les Philistins, sur le mont Gelboé, au nord, les fils de Saül sont tués par l’ennemi et leur père se donne la mort. David s’empresse alors de gagner l’antique cité d’Hébron, où le peuple de Juda le proclame roi. Ainsi débutent le règne et la lignée du grand David, prémices de la glorieuse monarchie unifiée.
III.           David, roi d’Israël (1005-970 av. J.-C.) (2S 1 – 1R 2,11)
Dès que David et ses troupes eurent nettoyé les quelques poches de résistance des anciens supporters de Saül, les représentants de toutes les tribus se rassemblent à Hébron pour déclarer David roi de tout Israël. A l’issue de sept ans de règne, à Hébron, David marche en direction du nord et s’empare de la place forte jébuséenne de Jérusalem – qu’aucune tribu n’avait jusqu’alors réclamée. Il en fait sa capitale. Il y installe l’Arche d’alliance qu’il a fait venir de Qiryat-Yéarim.
Alors Dieu fait à David la promesse suivante (2S 7,8-16) d’autant plus surprenante qu’elle est inconditionnelle : « Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant moi, ton trône sera affermi à jamais ».
David se lance dans une guerre éclair de libération et d’expansion. Une série de batailles victorieuses auront raison des Philistins ; il défait les Ammonites, les Moabites et les Edomites de Transjordanie ; ses campagnes s’achèvent par la soumission des Araméens, dans les régions lointaines du Nord. Après un retour triomphal à Jérusalem, David règne sur un vaste territoire, bien plus étendu que l’héritage attribué à l’origine aux tribus d’Israël. Mais David, même parvenu au faîte de sa gloire, ne connaîtra pas la paix. Des conflits familiaux éclatent – dont une rébellion de son fils, Absalom –, qui menacent gravement l’avenir de sa dynastie. Peu avant la mort de David, le grand prêtre Sadoq oint Salomon, qui sera le prochain roi d’Israël.
IV.           La sagesse du roi Salomon (970-931 av. J.-C.) (1R 2,12 – 1R 10,29)
Salomon, à qui Dieu fait don « d’une sagesse et d’un discernement incommensurables », affermit la dynastie davidique et organise son empire, qui s’étend de l’Euphrate à la terre des Philistins et aux frontières de l’Egypte (1R, 4,24). Il enrichit sa formidable trésorerie grâce à un système ingénieux de taxations, de corvées exigées de la part de chaque tribu d’Israël, et de fructueuses relations commerciales avec les contrées exotiques du Sud. En hommage à sa célébrité et à sa sagesse, la légendaire et mystérieuse reine de Saba lui rend visite à Jérusalem avec une caravane chargée de fabuleux présents.
Le plus grand accomplissement de Salomon sera son activité de constructeur. A Jérusalem, il bâtit un Temple magnifique et richement décoré en l’honneur de YHWH, qu’il inaugure en grande pompe et auquel il joint un splendide palais. Il fortifie Jérusalem, ainsi que les centres régionaux d’Haçor, de Médigo et de Gézér. Il entretient des écuries de quarante mille stalles pour abriter les chevaux destinés à ses quatorze mille chars et à ses douze mille cavaliers. Il conclut un marché avec Hiram, le roi de Tyr, qui lui expédie des cèdres du Liban pour la construction du Temple et qui sera son associé pour ses entreprises commerciales d’outre-mer. La Bible résume ainsi la réputation de Salomon : « Le roi Salomon surpassa en richesse et en sagesse tous les rois de la terre. Tous les rois de la terre voulaient être reçus par Salomon pour profiter de la sagesse que Dieu lui avait mise au cœur » (1R 10,23-24).
V.            Le péché de Salomon (1R 11,1-13)
Salomon est certes dépeint comme l’un des plus grands rois de tous les temps, mais il n’en est pas moins un impie, qui a introduit des femmes étrangères dans son harem. Or, YHWH a formellement interdit ce genre de liaison. Le châtiment guette inéluctablement l’héritier davidique qui n’obéit pas « comme son père David ».
Ainsi, par la faute de Salomon, la promesse originelle faite à David est compromise, sans être annulée pour autant.
VI.           Annonce du schisme à Jéroboam (1R 11,14-43)
La deuxième prophétie concerne le « serviteur » de Salomon, destiné à régner à la place de David. Il s’agit de Jéroboam, fils de Nebat, un Ephraïmite qui servit dans l’administration de Salomon comme officier chargé de la réquisition des hommes de corvée parmi les tribus nordistes. Un jour, sortant de Jérusalem, il rencontre la prophète Ahiyya, de Silo, qui déchire son manteau en douze morceaux, dont dix qu’il donne a Jéroboam. La prédiction d’Ahiyya est aussi sombre que fatidique : YHWH laissera Jéroboam gouverner sont Etat aussi longtemps que ce dernier fera ce qui est juste aux yeux de Dieu.
VII.          La fin du royaume unifiée (1R 12,1-24)
A la mort de Salomon, au moment de l’accession au trône de son fils Roboam, les Nordistes supplient ce dernier de bien vouloir alléger leur fardeau. Mais l’arrogant Roboam, dédaignant l’avis modéré de ses conseillers les plus sages, réplique aux envoyés du Nord ces paroles devenues célèbres : « Mon père a rendu pesant votre joug, moi j’ajouterai encore à votre joug ; mon père vous a châtiés avec des lanières, moi je vous châtierai avec des fouets à pointes de fer » (1R 12,14). L’étendard de la révolte est déployé et les Nordistes se rallient en masse à l’appel pour la sécession (1R 12,16). Ils lapident le chef de la corvée de Roboam. Ce dernier, terrorisé, se réfugie aussi vite que son char le lui permet à Jérusalem.
Les Nordistes se rassemblent pour se choisir un monarque ; ils jettent leur dévolu sur Jéroboam. La monarchie unifiée de David et Salomon est démantelée. Deux royaumes indépendants se forment : d’un côté, Juda, gouverné à Jérusalem par la dynastie de David, avec son territoire réduit à la partie méridionale de la région montagneuse du centre ; de l’autre, Israël, qui contrôle les vastes territoires du Nord.  
 [In La Bible dévoilée, Israël Finkelstein & Neil Asher Silberman, p. 197 à 201 ; 252 et 253 ; 234  – filio127histoire]


David et Salomon,
ont-ils existé et ont-ils régné « de l'Euphrate jusqu'au ruisseau d'Égypte » ?

Ce que dit la Bible
Les livres de Samuel et des Rois indiquent que leur royaume couvrait le Croissant fertile ; d'autres textes parlent seulement d'une étendue « de Dan à Beersheba ».

Ce que dit l'historien
Il est impossible d'imaginer un royaume israélite allant jusqu'à l'Euphrate : il s'agit sans doute de la province perse du Transeuphratène, décrite dans la Bible de manière légendaire. Certains historiens mettent en doute l'historicité de David et de Salomon. Il est probable que David ait existé. Salomon, lui, pourrait être une figure légendaire.


[Publié le 1 novembre 2008 - Le Monde des Religions n°32]