Chapitre 3 - La conquête de Canaan


Après avoir subi l'esclavage égyptien pendant des générations, après quarante ans d'errance dans le désert, les Israélites sont enfin parvenus à la frontière de Canaan, sur la rive opposée du fleuve qui les sépare de la terre de leurs ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob. Dieu leur a donné l'ordre de nettoyer la Terre sainte de toute trace d'idolâtrie, ce qui signifie l'annihilation intégrale des Cananéens.


Menés par Josué - un général remarquable, particulièrement doué pour la surprise tactique -, les Israélites volent de victoire en victoire, en une série impressionnante de sièges et de batailles rangées.

I.              Les trompettes de Jéricho (Jos 2 et 6)

Près de la rive opposée du Jourdain, se trouve la ville de Jéricho, dont les Israélites doivent s'emparer pour y établir une tête de pont. Tandis que le troupes israélites se préparent à franchir le fleuve, Josué envoie deux espions pour recueillir des renseignements sur les forces de l'ennemi et la sûreté des fortifications (Jos 2). Les informations (obtenues auprès d'une prostituée nommée Rahab) que rapportent les espions sont encourageantes: la nouvelle de l'approche des Israélites terrorise déjà les habitants. Le peuple d'Israël traverse le Jourdain, précédé de l'Arche d'alliance. L'épisode de la prise de Jéricho est trop célèbre pour en refaire le récit détaillé: les Israélites, suivant en cela les instructions de Dieu transmises par l'intermédiaire de Josué, marchent en procession autour des hautes murailles de la cité; au septième jour, une puissante sonnerie de trompettes fait crouler les murailles qui protégeaient Jéricho (Jos 6).

II.             La conquête de Aï (Jos 8,1-29)

Le prochain objectif est la cité d'Aï, proche de Béthel, située dans les hautes terres de Canaan, sur l'une des voies principales menant de la vallée du Jourdain aux régions montagneuses. Cette fois-ci, plutôt que de recourir de nouveau au miracle, la ville sera conquise grâce à l'habileté tactique de Josué, digne des guerriers grecs lors de la prise de Troie. Josué range le plus gros de ses troupes en ordre de bataille à l'est de la ville et lance un défi aux défenseurs; au même moment, en secret, une embuscade se prépare du côté ouest. Tandis que les défenseurs d'Aï sortent en force pour engager le combat avec les Israélites et les poursuivre dans le désert, les unités israélites embusquées pénètrent dans la ville laissée sans défense et l'incendient. Josué, qui d'abord simule la retraite, fait demi-tour avec ses troupes, massacre tous les habitants, s'empare du bétail et d'un important butin, et pend ignominieusement le roi vaincu à un arbre.

III.           Alliance avec les Gabaonites (Jos 9)

La panique s'empare des habitants des autres villes de Canaan. A la nouvelle du sort réservé aux populations de Jéricho et d'Aï, les Gabaonites, qui vivent dans quatre villes situées au nord de Jérusalem, envoient des émissaires à Josué pour implorer sa grâce. Ils se présentent comme des étrangers au pays (Dieu n'ayant ordonné l'extermination que des autochtones); aussi Josué accepte-t-il de passer un traité de paix avec eux. Quand on lui révèle que les Gabaonites lui ont menti et qu'ils sont natifs de l'endroit, Josué les châtie en les condamnant à servir les Israélites comme "fendeurs de bois et porteurs d'eau" (Jos 9,27).

IV.           Coalition contre Israël (Jos 10 et 11)

Les victoires initiales remportées par les envahisseurs israélites contre Jéricho et les villes des régions du centre provoquent l'inquiétude des souverains les plus puissants de Canaan. Le roi de Jérusalem, Adoni-Cédeq, forme une alliance militaire avec le roi d'Hébron, ville située dans les hautes terres méridionales, et les rois de Yarnut, de Lakish et d'Eglôn, villes situées sur les contreforts de la Shefelah, à l’ouest. Les rois cananéens rassemblent leurs forces autour de Gabaôn. En un mouvement éclair, après une marche nocturne forcée depuis la vallée du Jourdain, Josué fond à l’improviste sur l’armée de la coalition hiérosolymite. Prises de panique, les forces cananéennes fuient vers les hauteurs de Bet-Horôn, vers l’ouest. Pendant leur fuite, Dieu fait pleuvoir sur eux d’énormes grêlons et « il en mourut plus sous les grêlons que sous le tranchant de l’épée des Israélites » (Jos 10,11). Le soleil décline à l’horizon, mais le juste massacre des ennemis n’étant pas terminé, Josué se tourne vers Dieu, en présence de l’armée d’Israël, pour le supplier d’arrêter la course du soleil jusqu’à l’accomplissement intégral de la volonté divine. « Le soleil se tint immobile au milieu du ciel (…). C’est que Yahvé combattait pour Israël » (Jos 10,13-14).

Les rois en fuite sont capturés et passés au fil de l’épée. Josué poursuit sa campagne et anéantit les cités cananéennes des régions méridionales du pays, qu’il conquiert au bénéfice du peuple d’Israël.

C’est dans le nord que sera porté le coup final. Une coalition des rois cananéens, menée par Yabîn, roi d’Haçor, « un peuple nombreux comme le sable au bord de la mer, avec une énorme quantité de chevaux et de chars » (Jos 11,4) affronte les Israélites en une bataille rangée quelque part en Galilée. Les forces cananéennes sont écrasées. Haçor, la cité la plus importante de Canaan, « jadis capitale de tous ces royaumes » (Jos 11,10), est prise d’assaut et détruite par le feu.

V.            L’héritage de la Terre promise (Jos 11,23 et suivants)

La totalité de la Terre promise est entre les mains des Israélites, des déserts méridionaux aux pics enneigés du mont Hermon, au septentrion. La promesse divine est accomplie. Tous les Cananéens et autres peuplades indigènes ont été éradiqués. Alors « le pays se reposa de la guerre » (Jos 11,23). Les enfants d’Israël peuvent s’installer à demeure et se partager, tribu par tribu, la terre que Dieu leur a donnée en héritage. Ruben, Gad et la moitié de Manassé reçoivent les territoires situés à l’est du Jourdain ; les autres tribus s’installent à l’ouest du fleuve. Nephtali, Asher, Zabulon et Issachar se partagent les hautes terres et les vallées de Galilée. L’autre moitié de la tribu de Manassé, Ephraïm et Benjamin reçoivent le plus gros des hautes terres du centre, qui partent de la vallée de Jezréel, au nord, à Jérusalem, au sud. A Juda sont attribuées les hautes terres du sud, de Jérusalem à la vallée de Beersheba. Siméon reçoit la zone aride de la vallée de Beersheba et la plaine littorale avoisinante. Initialement, Dan devait hériter de la plaine littorale, mais finalement lui sera octroyé un territoire dans le nord du pays. Cette dernière migration achève de dessiner la carte de la Terre sainte.

En contradiction avec cette proclamation triomphale de victoire totale, le livre de Josué rapporte que de larges portions de territoires restent à conquérir, notamment « tous les districts des Philistins » (Jos 13,1-6).
 [In La Bible dévoilée, Israël Finkelstein & Neil Asher Silberman, p. 121 à 125 et 157 – filio127histoire]


Comment les Hébreux sont-ils entrés en Israël ?


Ce que dit la Bible
Selon le livre de Josué, celui-ci a exterminé la population autochtone et redistribué le pays aux tribus d'Israël.

Ce que dit l'historien
Il n'y a pas de preuve archéologique d'une conquête militaire ou des destructions massives à la fin du IIe millénaire avant notre ère. La plupart des futurs Israélites sont issus de la population autochtone.

[Publié le 1 novembre 2008 - Le Monde des Religions n°32]