CADRE DE VIE Chapitre 3: Lac de Tibériade - « Je vous ferai pêcheurs d’hommes »


Le royaume de Dieu est proche : Jésus l’annonce sur les bords du lac de Tibériade. Une région de pêcheurs parmi lesquels le Christ choisit ses premiers compagnons. L’archéologie s’est intéressée à ces villages et a identifié Capharnaüm, le village de l’apôtre Pierre.



Le lac de Tibériade est une vaste étendue d’eau de 65 km de circonférence, dont le niveau moyen se trouve à 240 mètres en dessous de celui de la mer. Les abords en sont très contrastés selon la rive laquelle on se trouve. Au sud, elle est escarpée, les falaises qui bordent le lac culminent à 500 mètres.

Cette partie sud du lac est également une zone de géothermie des plus anciennes.

A l’opposé, aussi bien cardinal que géophysique, la partie nord présente un visage bien moins tourmenté. Les rives sablonneuses descendent en pente douce jusqu’à l’eau. Au-dessus s’étend une plaine fertile. C’est ici que le Jourdain se jette dans le lac. Les eaux de l’embouchure, riches en matières organiques, sont poissonneuses. Les hameaux de pêcheurs sont, de ce fait, nombreux.

Traversé à plusieurs reprises par Jésus au cours de son ministère, le lac est une frontière naturelle entre la Galilée, la Décapole (regroupement de dix cités hellénistiques de Syrie-Palestine) et la région située sous l’autorité d’Hérode Philippe.

Le « concordisme », cette attitude qui cherche dans les découvertes la preuve de ce que « la Bible a dit vrai », a permis de reconnaître en trois endroits différents le village de pêcheurs de Bethsaïde, donné dans les Evangiles pour la patrie de trois des apôtres : Philippe, André et Pierre.

La localisation de Capharnaüm, sur la rive nord-ouest du lac, ne souffre d’aucune incertitude. Là encore, il s’agit d’un modeste village de pêcheurs : toutefois y était installé un poste de douane. Celui qui voulait se rendre de Galilée en Décapole devait acquitter un péage.

En plus des pêcheurs, vivaient donc là des collecteurs d’impôt et les soldats d’une garnison. Exclusivement juive, la population était imperméable à l’influence de l’Empire romain.

Dans ce modeste bourg, la tradition orale a fait vénérer, dès le 1er siècle, une demeure en particulier. Les restes de l’édifice se trouvaient sous les ruines d’une basilique byzantine octogonale du début du Ve siècle. Abondamment fouillée depuis les années 1960, cette habitation est le bâtiment le mieux connu du Capharnaüm du 1er siècle. Elle se distingue des autres par un grand nombre de graffitis en grec, hébreu et syriaque, exécutés à même le sol, sur un pavement en chaux battu, autre particularité de la maison. Elle présente en outre les signes de nombreux aménagements successifs, destinés à en faire un lieu de culte, une domus ecclesia.

Cette maison est considérée, aujourd’hui encore par les pèlerins, comme celle de l’apôtre Pierre. Jésus aurait habité là quand il venait à Capharnaüm, base de son périple en Galilée.

C’est de là qu’il serait parti pour se rendre, par exemple, à Magdala, à une dizaine de kilomètres en suivant la rive ouest du lac. Autant Capharnaüm était juive et pieuse, autant la ville d’origine de Marie-Madeleine, la fameuse pécheresse, était païenne et dissolue. Au 1er siècle, très peu de juifs y vivaient, le mode de vie des magdaléniens était fortement teinté d’hellénisme.

Une autre ville fortement romanisée se trouve au bord du lac : Tibériade, dans laquelle les Evangiles ne font pas passer Jésus. Du reste, au commencement de son ministère, la ville devait être à peine achevée. Hérode Antipas en fait débuter les travaux vers 18-20 ap. J.-C. Il la nomme en hommage à l’empereur Tibère, par lequel il a été éduqué.

L’endroit choisi pour l’établissement de la ville est, d’après Flavius Josèphe, « le plus favorable de Galilée ». Toutefois, Tibériade repose sur un cimetière, ce qui rend le site impur aux yeux des juifs. Dès lors, pour peupler sa ville, Hérode Antipas déplace des populations.

Certains manuscrits de l’Evangile de Jean situent la multiplication des pains à proximité de Tibériade. Mais pour les premiers chrétiens, le site était un peu plus au nord, au lieu-dit Tabgha, ou en grec Heptapégon, ce qui signifie « sept sources ». A cet endroit, sur la route entre Capharnaüm et Magdala, un sanctuaire fut construit à l’époque byzantine pour vénérer une pierre plate sur laquelle Jésus aurait déposé les pains multipliés.

[In Les Cahiers de Sciences & Vie n°83 – Octobre 2004, J.-B.GOUYON, p. 44 à 51]