CADRE DE VIE Chapitre 2: Césarée, un havre conquis sur l’eau


Plus vaste que le Pirée d’Athènes, mais aussi plus sophistiqué : le port de Césarée, construit en eau profonde, est doté de digues artificielles pour contrer les assauts des vagues. Il est achevé en 10 av. J.-C. 



En -22, Hérode le Grand, roi de Palestine, vassal favori de l’empereur Auguste, entreprend de bâtir, sur les ruines hellénistiques de la tour de Straton, antique cité phénicienne, une ville nouvelle.

La situation, pour un tel aménagement, est à la fois idéale et désastreuse. Idéale d’un point de vue économique, puisque, comme le précise l’historien juif Flavius Josèphe (« La guerre des juifs contre les romains »), cette portion de la côte est « si dépourvue de port que ceux qui veulent aller de la Phénicie en Egypte sont contraints de relâcher en haute mer, tant ils appréhendent le vent nommé Africus », le vent de sud-ouest. La situation est désastreuse du point de vue topographique car la côte, à cet endroit, n’offre aucune formation naturelle qui puise servir de point de départ à l’établissement d’un abri sûr.

Néanmoins, Hérode, qui ne s’appelait pas le Grand pour rien, « se rendit, par ses soins, par sa dépense et par son amour de la gloire, victorieux de la nature ».

A l’issue de douze années de travaux, la ville de Césarée s’est dotée d’un port, plus grand que celui du Pirée. Tout navire en route vers l’Egypte trouve refuge dans le port de Césarée et ils sont nombreux.

Le port de Césarée grouille de vie. On y parle toutes les langues de l’empire. Nommé Sebastos, Auguste en grec, en hommage à l’empereur, il honore son parrain. Le souverain veille d’ailleurs symboliquement sur les lieux. Au sommet d’une butte artificielle qui domine le port et fait face à l’entrée, se dresse un temple de pierre blanche dédié à César.

Du site monumental qui a tant impressionné ses visiteurs, rien de visible ne subsiste aujourd’hui. On se perd aujourd’hui en conjectures sur les raisons d’une décadence aussi rapide. L’hypothèse d’un tremblement de terre a été avancée. Plus simplement, les causes du déclin du port de Césarée sont sans doute assez prosaïques. Hérode disparaît en -4. Le commerce qu’il entretenait avec l’empire s’étiole. Son royaume est divisé entre ses fils, qui se déchirent. L’entretien du port de Césarée, immense, fastueux, sophistiqué, coûte cher.

[In Les Cahiers de Sciences & Vie n°83 – Octobre 2004, J.-B.GOUYON, p. 38 à 43]